BEDLAM
OÙ l'un vient pour avoir vécu trop hors de soi
Et n'être en son logis resté tranquille et coi,
L'autre, parce qu'il a regardé sans mesure
Dans l'abîme sans fond de sa propre nature;
Celui-ci par le mal, celui-là par vertu ;
Tous, hélas ! quel que soit le mobile inconnu.
Par l'éternel défaut de notre pauvre espèce,
La misère commune et l'humaine faiblesse ;
Et, de ce vaste cercle où tout semble aboutir,
Où les deux pieds entrés, l'on ne peut plus sortir.
Où, gueux, roi, noble et prêtre, enfin la tourbe humaine
Tourne au souffle du sort comme une paille vaine :
La porte la plus grande et le plus vaste seuil
Par où passe le plus de monde, c'est l'Orgueil ;
Oui, l'orgueil est la voie entraînante, insensée,
Qui de nos jours conduit presque toute pensée
Au morne idiotisme, à l'aveugle fureur...
O Bedlam I monument de crainte et de douleur !
D'autres pénétreront plus avant dans ta masse ;
Quant à moi, je ne puis que détourner la face.
Et dire que ton temple, aux cintres étouffants,
Est digne pour ses dieux d'avoir de tels enfants,
Et que le ciel brumeux de la sombre Angleterre
Peut servir largement de dôme au sanctuaire.
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LE GIlsL
Nombre génie, ô dieu de la misère!
Fils du genièvre et frère de la bière, Bacchus du Nord, obscur empoisonneur, Ecoute, ô Gin, un hymne en ton honneur. Écoute un chant des plus invraisemblables. Un chant formé de notes lamentables, Qu'en ses ébats un démon de l'enfer Laissa tomber de son gosier de fer.
C'est un écho du vieil hymne de fête Qu'au temps jadis à travers la tempête