BEDLAM
Le sommeil, quand il vient, ne lui porte aucun rêve ; Son œil s'ouvre sans charme au soleil qui se lève ; Il n'entend jamais l'heure, et vit seul dans le temps. Comme un homme la nuit égaré dans les champs; Enfin, toujours muet, la salive à la bouche, Incliné nuit et jour, il rampe sur sa couche; Car, le rayon divin une fois obscurci.
L'homme ne soutient plus le poids de l'infini ; Loin du ciel il s'abaisse et penche vers la terre : La matière sans feu retourne à la matière.
Maintenant, écotitez cet autre en son taudis; Sur sa couche en désordre et quels bonds et quels cris ! Le silence jamais n'habite en sa muraille ; La fièvre est toujours là le roulant sur la paille, Et promenant, cruelle, un tison sur son flanc; Ses deux yeux retournés ne montrent que le blanc Ses poings, ses dents serrés, ont toute l'énergie D'un ivrogne au sortir d'une sanglante orgie. S'il n'était pas aux fers, ahl malheur aux humains Q.ui tomberaient alors sous ses robustes mains! Malheur ! la force humaine est double en la démence ; Laissez-la se ruer en un espace immense,
Libre, elle ébranlera les pierres des tombeaux,
Des plus hauts monuments les solides arceaux,
Et ses bras musculeux et féconds en ruines
Soulèveraient un chêne et ses longues racines.
Mais, couché sur la terre, en éternels efforts
Le malheureux s'épuise, et devant ses yeux tors
Le mal, comme une roue aux effroyables jantes.
Agite de la pourpre et des lames brûlantes ;
Et la destruction, vautour au bec crochu.
Voltige, nuit et jour, sur son front blême et nu ;
Puis les longs hurlements, les courts éclats de rire,
Comme sillons de feu traversent son délire.
Mais le pire du mal en ce vagissement.
Le comble de l'horreur, n'est pas le grincement
Du délire chantant sa conquête sublime
Par le rude gosier de sa triste victime.
C'est la mort toujours là, la mort toujours auprès.
Frappant l'être à demi sans l'achever jamais.
Et telles sont pourtant les colonnes d'Hercule,
Les piliers devant qui tout s'arrête ou recule.
Les blocs inébranlés où les générations
L'une après l'autre vont fendre et briser leurs fronts ;
Le dilemme fatal aux plus sages des hommes.
Le rendez-vous commun de tous tant que nous sommes :