‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 61 sur 80 · LA LYRE D AIRAIN · texte numérisé non relu

LA LYRE D AIRAIN

Ce sont de durs ressorts dont la force est pareille

A cent chevaux piqués d'un aiguillon soudain ;

Ici, comme un taureau, la vapeur prisonnière

Hurle, mugit au fond d'une vaste chaudière

Et, poussant au dehors deux énormes pistons,

Fait crier cent rouets à chacun de leurs bonds.

Plus loin, à travers l'air, des milliers de bobines,

Tournant avec vitesse et sans qu'on puisse voir,

Comme mille serpents aux langues assassines

Dardent leurs sifflements du matin jusqu'au soir.

C'est un choc éternel d'étages en étages.

Un mélange confus de leviers, de rouages,

De chaînes, de crampons se croisant, se heurtant.

Un concert infernal qui va toujours grondant.

Et dans le sein duquel un peuple aux noirs visages,

Un peuple de vivants rabougris et chétifs

Jette comme chanteur des cris sourds et plaintifs.

l'ouvrier

O maître ! bien que je sois pâle, Bien qu'usé par de longs travaux Mon front vieillisse, et mon corps mâle Ait besoin d'un peu de repos;

Cependant, pour un fort salaire, Pour avoir plus d'ale et de bœuf, Pour revêtir un habit neuf.

Il n'est rien que je n'ose faire.

Vainement la consomption, La fièvre et son ardent poison Lancent sur ma tête affaiblie Les cent sceptres de la folie, Maître, j'irai jusqu'au trépas; Et si mon corps ne suffit pas.

J'ai femme, enfants, que je fais vivre, Ils sont à toi, je te les livre.

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