L.VLYREDAIRAIN
Comme les deux talons d'un fort géant qui danse, S'enfonce et se relève avec un sourd fracas. Les leviers ébranlés entre-choquent leurs bras, Les rouets étourdis, les bobines actives, Lancent leurs cris aigus, et les clameurs plaintives. Les humaines chansons, plus cuisantes, plus vives, Se perdent au milieu de ce sombre chaos. Comme un cri de détresse au vaste sein des flots...
Ah ! le hurlement sourd des vagues sur la grève,
Le cri des dogues de Fingal, Le sifflement des pins que l'ouragan soulève
Et bat de son soviffle infernal, La plainte des soldats déchirés par le glaive,
Frappés par le boulet fatal, Tous les bruits effrayants que l'homme entend ou rêve
A ce concert n'ont rien d'égal ;
Car cette noire symphonie Aux instruments d'airain, à l'archet destructeur, Ce sombre oratorio qui fait saigner le cœur, Sont bien souvent joués et chantés en partie
Par l'avarice et la douleur.
2l6 LAZARE
Et vous, heureux enfants d'une douce contrée Où la musique voit sa belle fleur pourprée,
Sa fraîche rose au calice vermeil.
Croître et briller sans peine aux rayons du soleil, Vous qu'on traite souvent dans cette courte vie De gens mous et perdus aux bras de la folie, Parce que doux viveurs, sans ennui, sans chagrins, Vous respirez par trop la divine ambroisie Que cette fleur répand sur vos brûlants chemins ;
Ah ! bienheureux enfants de l'Italie, Tranquilles habitants des golfes aux flots bleus. Beaux citoyens des monts, des champs voluptueux.
Que le reste du monde envie.
Laissez dire l'orgueil au fond de ses frimas ! Et bien que l'Industrie, ouvrant de larges bras. Épanche à flots dorés sur la face du monde Les trésors infinis de son urne féconde, Enfants dégénérés, oh! ne vous pressez pas D'échanger les baisers de votre enchanteresse, Et les illusions qui naissent sous ses pas,
Contre les dons de cette autre déesse Qui veut bien des humains soulager la détresse,