LE FOUET
Ah I ne sais-tu donc point qu'aujourd'hui la nature, Albion 1 se révolte au seul mot de torture ? due la philosophie a noyé sous les eaux Jusqu'au dernier charbon des bûchers infernaux? Que les durs chevalets, les pénibles entraves, Et tous les châtiments réservés aux esclaves, Aujourd'hui sont en poudre et le jouet du vent? Tu ne peux l'ignorer, et pourtant comme avant Tu retiens près de toi la barbarie antique. Hélas ! non seulement par delà l'Atlantiqvie Le fouet résonne encore, et ses nœuds destructeurs Déchirent les reins noirs des pauvres travailleurs; Mais même dans ton sein, à tes yeux, sous ta face, De coups abrutissants la loi frappe ta race. Et pour le moindre tort déshonore le flanc De tes plus pauvres fils qui te vendent leur sang.
O puissante Albion! ô matrone romaine!
Il est temps d'abroger ta coutume inhumaine.
De remplacer enfin l'ignoble châtiment.
Malgré les lords hautains de ton vieux parlement.
Ah! fais vite, de peur que le monde en reproche
Ne t'appelle bientôt, Albion, cœur de roche 1 Et partout ne proclame à haute et forte voix Q.ue dans l'ingratitude on a trempé tes lois ; Q.ue les rouges gardiens de ton trône immobile, Les défenseurs sacrés des champs et de la ville, Tes murailles de chair, tes soldats valeureux. Sont traités par tes mains comme on traite les bœufs, Et tous les blancs troupeaux, honneur de la prairie, Que sans ménagement l'on mène à la tùrie. Et qui, le ventre plein de trèfle et de gazon, Accourent à la mort à grands coups de bâton.