‹ Poésies: Iambes et poèmesChapitre 7 sur 80 · LA POPULARITE · texte numérisé non relu

LA POPULARITE

Tout ce qui veut paraître et jouer quelque rôle Dans le grand drame de l'État ;

Tout, quel que soit son rang, sa fortune et sa race, Haletant et pressant le pas.

Sur le pavé fangeux se précipite en masse, Et vers le peuple tend les bras.

Certes le peuple est grand, maintenant que sa tête

A secoué ses mille freins.

Que, l'ouvrage fini, comme un robuste athlète

Il peut s'appuyer sur ses reins; Il est beau ce colosse à la mâle carrure,

Ce vigoureux porte-haillons, Ce sublime manœuvre à la veste de bure

Teinte du sang des bataillons, Ce maçon qui d'un coup vous démolit des trônes

Et qui, par un ciel étouffant.

Sur les larges pavés fait bondir les couronnes

Comme le cerceau d'un enfant 1 Mais c'est pitié de voir, avec sa tête rase,

Son corps sans pourpre et sans atour, Ce peuple demi-nu, comme ceux qu'il écrase,

Comme les rois avoir sa cour; Oui, c'est pitié de voir, à genoux sur sa trace,

Un troupeau de tristes humains Lui jeter chaque jour tous leurs noms à la face

Et ne jamais lâcher ses mains ; D'entendre autour de lui mille bouches mielleuses,

Souillant le nom de citoyen, Lui dire que le sang orne des mains calleuses

Et que le rouge lui va bien ; Que l'inflexible loi n'est que son vain caprice.

Que la justice est dans son bras.

Sans craindre qu'en ses mains l'arme de la justice

Ne soit l'arme des scélérats.

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