L'OMBRE DE VICTOR ALFIERI
STANCES A CKSAR ALFIERI
duR les bords que baigne la Doire Et qu'échauffe un soleil plus benu, Les arts, la fortune et la gloire Environnèrent ton berceau.
Rejeton d*une tige antique, Les ombres de tous tes aïeux.
Pleines d'un esprit prophétique, Se réjouirçnt dans Iç§ cieuT^,
Héritier d'une race illustre Et d*un nom qui ne peut mourir, Garde-lui, dirent-ils, son lustre, Puisque rien ne peut Tagrandir!
A ces mots, dans l'auguste enceinte Où le marbre garde leurs os, On entendit, au lieu de plainte, Retentir la voix des héros.
On vit s'agiter leur armure; Et les lances des chevaliers.
Avec un belliqueux murmure.
Frappèrent sur les boucliers.
Du chœur des ombres immortelles.
Ton oncle*, à ce bruit s'élançant, Du haut des sphères éternelles Contemplait son neveu naissant.
D'une main il tenait la lyre
Qu'il ravit à l'antiquité;
L'autre aux yeux des rois faisait luire
Le poignard de la liberté.
Du nuage qui l'environne Il fit pleuvoir sur ton berceau
* Victor Alficri le tragique.
PO Es lus DIVLUSE-S. 263
Quelques feuilles de la couronne Dont Florence* orna son tombeau.
« Que ces lauriers héréditaires, Dit-il, germent cncor pour toi I Imitateur d'illustres pères, Fais comme eux ! Chante comme moi !
a Mais en recevant mon génie Préserve-toi de mes erreurs :
La haine de la tyrannie.
Aigrit trop mes antiques mœurs;
« Sous dos monarques débonnaires Sans péril j'élevai la voix; Et, près des excès populaires.
Je combattis le joug des rois.
a Ainsi, quand pour purger la terre De mille monstres renaissants PIcrcule attaquait la Chimère, La terre enfantait des brigands.
« pour changer seulement d'entrave, A quoi bon faire un vain effort?
Ici-bas tout homme est esclave Des dieux, de lui-même ou du sort.
* Tombeau d^Alfiéri dané Santa Croce, à Florence, par Canova.
« AUX bords de la Seine ou du Tibre, Sous lin consul ou sous un roi, Sois vertueux, tu seras libre.
Ton indépendance est en toi ! »
Millv, 26 ttovemhre 18 ij.