A UN ENFANT
Il ES R Y LYTE, PARTANT DE MONCEAU
V^AND tu te souviendras de la charmante hégire Où, posé pour un soir au bord de mon ruisseau. Deux mères t'adoraient de leur pieux sourire, Deux anges à genoux t'adoraient au berceau ;
Quand tu te souviendras de la langue inconnue Que la maison parlait, ruche d'un autre essaim, Des baisers qui marbraient ta belle épaule nue. Des lys moins blancs gue toi qu'on jetait dans ton sein;
306 POÉSIES IMÉDITES. .-,J
duand tu te souviendras de ces genoux de femme, Où Ton se disputait le soin de t*assoupir.
Où tout un cher foyer, dont tu paraissais l'âme, De peur de t'éveiller retenait son soupir;
Quand tu te souviendras des belles grappes mûres QjLii, sous la vigne jaune arrondie en berceau. Faisaient lever tes mains, avec de doux murmures De ne pouvoir atteindre où becquetait Toiseau ;
De tes jeux sur la source avec les coquillages, Des feuilles qui pleuvaient du saule murmurant. Et des barques de noix qu'à de riants naufrages» Comme des rêves' d'homme, entraînait le courant;
duand tu commenceras à la «trouver amère.
Cette coupe de Dieu, qui n'est douce qu'au bord, Et que tu suivras seul sans la main de ta mère La route où chaque pas trébuche sur la mort;
Souviens-toi de l'année, et du mois, et de l'heure,.. Et dis, en revoyant en songe ce séjour :
c( due la paix d'un long soir soi-t sur <ette demeure Où j'apportai la joie, où j'emportai l'amour! ».
Monceau, 28 ncvmhrf iS;2