‹ Poésies inéditesChapitre 81 sur 82 · A JULIE · texte numérisé non relu

A JULIE

L^L soleil de nos jours pâlit des sou aurore, O ma cljère Julie! A peine il jette encore Quelques rayons tremblants qui combattent la nuit ; L*ombre croît, le jour meurt, tout s*efface et tout fuit.

Q^'un autre à cet aspect on recule on /remisse! QuMl craigne de fixer le fond du précipice 1 du'U ne puisse de loin entendre sans pâlir Le triste chant des morts tout prêt à retentir, Le bruit du fossoyeur qui, d*un bras merceimire, Pour un prochain cercueil creuse, en sifflant, la terre, Ou Tairain gémissant dont les accents confus Annoncent aux mortels qu'un malheureux n'est plus!

5^ POÉSIES JNfiDITKS. *.-

Je te Salue, 6 morti Libérateur céleste, Tu ne m'apparais point sous cet aspect funeste due t'a prêté longtemps l'épouvante ou l'erreur; Ton bras n'est point armé d'un glaive destructeur. Ton front n'est point cruel ni ton regard perfide ; La nuit n'est pas ta sœur ni le Imsard ton guide; Tu n'anéantis pas, tu délivres : ta main.

Céleste messager, porte un flambeau divin, duand mon œil fatigué se ferme à la lumière, Tu viens d'un jour plps pur inonder ma paupière; Et l'espoir, près de toi, rêvant sur un tombeau. De V avenir cacfx déchire le rideau.

Viens donc, viens détacher mes chaînes corporelles! Viens, ouvre ma prison; viens, prête-moi tes ailes! due tardes-tu? Parais; que je m'élance enfin Vers ce tout inconnu, mon principe et ma fini

— doi m'fen a détaché ? dui suis-je, et que dois-je être? Je meurs, et né sais pas ce que c'est que de naître. Toi qu'en vain j'interroge, esprit, hâte inconnu, . Avant de m'animer, quel ciel habitais-tu?

Quelle main t'a jeté sur ce globe fragile } duelle ma: n. t'enferma dans ta prison d'argile? Par quels nœuds étonnants, par quels secrets rapports, Le corps tient-il à toi comme tu tiens au corps? duel jour séparera l'esprit de la matière?

Pour quel nouveau séjour quitteras-tu la terre? As-tu tout oublié? Par delà le tombeau Vas-tu renaître encor dans un oubli nouveau ?

Vas-tu recommencer une semblable vie?

Ou dans le sein de Dieu, ton centre et ta pairie; AiFranchi pour jamais de tes liens mortels, Vas-tu jouir enfin de tes droits éternels?

— Oui, tel est mon espoir, d ma chère Julie!- C'est par lui que déjà mon âme raffermie • A pu voir sans effroi sur tes traits enchanteurs- Se faner du printemps les brillantes couleurs; - C'est par lui que, percé du trait qui me déchire, Jeune encore, en mourant, via bouche peut sourire, Et que des pleurs de joie, à nos derniers adieux, A ton dernier regard, brilleront dans mes yeux.

Vain espoir! s'écriera ce docteur au front hiêmCj, Qui croit par A plus B réiou4re ce problème.

Et quif soumettant tout à son étroit compas.

Rejette hardiment c.e qu'il ne comprend pas»

Vain espoîrl s'écriera le troupeau d'Épicure, Et celui dont la maiii disséquant la nature.

Dans un coin du cerveau nouvellement décrit.

Voit penser U matière et végéter l'esprit. Insensé, diront-ils, que trop d'orgueil abuse! ; Regardé autour de toi : tout commence et tout s'use; Tout marche vers un terme et tout naît pour mourir; Dans ces prés jaunissants tu vois îa fleur pâlir. Tu vois dans ces forêts Iç cèdre au front $uperbe Sous le poids dé ses ans tomber, ramper sous l'herbe; DansMeurs lits desséchés tu vois les mers tarir; Les cieux mêmes, les cieux commencent à pâlir;

320 POÉSIES IXÉDITES.

Cet astre dont le temps a caché la naissance, Le soleil, comme nous, marche à sa décadence. Ht dans les cieu3( déserts les mortels éperdus Le chercheront un jour et ne le verront plus! Tu vois autour de toi dans la nature entière Les siècles entasser poussière sur poussière ; Et le temps, d*un seul pas confondant ton orgueil. De tout ce qu'il enfante est le vaste cercueil. Et Thomnpe, et l'homme seul, ô sublime folie! Au fond de son tombeau croit retrouver la vie, Et dans le tourbillon au néant emporté, Abattu par le temps, rêve l'éternité î

Philosophes cruels, je ne puis vous répondre ; Ma raison aisément se laisserait confondre.

Pour saper notre espoir jusqu'en son fondement Vous avei l'univers, je n*ai qu'un sentiment. Mais moi, quand je verrais dans les célestes plaines Les astres, s'écartant de leurs routes certaines. Dans les champs de l'éther l'un par l'autre heurtés, Parcourir au hasard les cieux épouvantés; Qnand j'entendrais gémir et se briser la terre ; QjLiand je verrais son globe errant et solitaire. Flottant loin des soleils, pleurant l'homme détruit, Se perdre dans les champs de l'éternelle nuit; Et quand, dernier témoin de ces scènes funèbres, pntouré du chaos, de mort et de ténèbres.

Seul je serais debout : seul, malgré. mon effroi, Être infaillible et bon, j'espérerais en toi,

Et, certain du retour de l'éternelle aurore, Sur les débris du tout je t'attendrais encore !

Souvent, tu t'en souviens, dans cet heureux séjour

Où naquit d'un regard notre étemel amour,

Tantôt sur le sommet de ces rochers antiques,

Tantôt aux bords déserts des lacs mélancoliques,

Sur l'aile du désir, loin du monde emportés.

Je plongeais avec toi dans ces obscurités.

Les ombres, à longs plis descendant des montagnes.

Un moment à nos yeux dérobaient les campagnes;

Mais bientôt, s'avançant sans éclat et sans bruit.

Le chœur mystérieux des astres de la nuit,

Nous rendant les objets voilés à notre vue,

De ses molles lueurs revêtait l'étendue :

Telle, en nos temples saints par le jour éclairés,

Qjiand les rayons du soir s'éteignent par degrés,

La lampe, répandant sa pieuse lumière,

D'un jour plus recueilli remplit le sanctuaire.

Dans ton ivresse alors tu promenais tes yeux

Et des cieux à la terre, et de la terre aux cieux :

«Dieu caché, disais-tu, la nature est ton temple!

L'esprit te voit partout quand notre œil la contemple ;

De tes perfections qu'il cherche h concevoir

Ce monde est le reflet, l'image et le miroir;

Le jour est ton regard, la beauté ton sourire;

Partout le cœur t'adore et l'dme te respire;

Ëternel, infini, tout-puissant et tout bon,

Ces vastes attributs n'achèvent pas ton nom ;

Et l'esprit, accablé par ta sublime essence.

Célèbre ta grandeur jusque par son silence.

Et cependant, ô Dieu I par sa première loi, Cet esprit imparfait s'élève jusqu'à toi.

Et, sentant que Tamour est la fin de son être. Impatient d*aimer, brûle de te connaître. »

Tu disais; et nos cœurs unissaient leurs soupirs Vers cet être inconnu que clxrcbaîent nos désirs : A genoux devant lui, l'aimant dans ses ouvrages. Et Taurore et le soir lui portaient nos hommages. Et nos yeux humectés contemplaient tour à tour La terre notre exil, et le ciel son séjour.

Ah! si dans cet instant y renversant les barrières Dont les sens captivaient nos âmes prisonnières. Ce Dieu, du haut du ciel répondant à nos vœux. D'un trait libérateur nous eût frappés tous deux. Nos âmes, d'un seul bond remontant vers leur source. Ensemble auraient franchi les mondes dans leur course; A travers l'infini, sur l'aile de l'amour. Elles auraient monté comme deux traits du jour. Et, jusqu'à Dieu lui-même arrivant éperdues, Se seraient dans son sein à jamais confondues! Ces vœux nous trompaient-ils? Au néant destinés. Est-ce pour le néant que les êtres sont nés?

Non, cet Être parfait, suprême Intelligence, A des êtres sans but n'eût pas donné naissance; Non! ce but est cacM mais il doit s'accomplir. Et ce qui peut aimer n'est pas né pour mourir!.,.

— Ei cfpeiidant, jeté dam les déserts du inonde, L'bonwie, pour s'éclairer dam cette nuit profonde, X'a qu'un jour incertain, qu'un flambeau vacillant Qui perce à peine l'ombre et meurt au moindre vent. Et, tel qu'aux sombres bords l'ombre des Danaîdes S'efforce de remplir des urnes toujours vides. Poussé par son esprit, tourmenté par son cœur. L'un cherche la lumière, et l'autre le bonheur; L'un, sans cesse entouré de nuages funèbres.

Creusant autour de soi 11e trouve que ténèbres,

Et, suivant vaitiement la lueur qui le fuit,

De la nuit échappé, retombe dans la nuit;

L'autre, attiré d'amour, enivré d'espérance.

Vers un but fugitif incessamment s'élance;

Toujours près de l'atteindre et toujours abusé,

Sur lui-même à la fin il retombe épuisé.

Aimi, l'homme flottant de misère en misère

Du berceau vers la tombe achève la carrière,

Et, du temps et du sort jouet infortuné,

Descendant au tombeau, dit : « Pourquoi suis-je né? »

— Pourquoi? pour mériter, pour expier peut-être. Et puisque tu naquis il était bon de naître!

Page 1