‹ Poésies inédites de LamartineChapitre 14 sur 82 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

MÉDÉE, seule.

Enfin, tn t'es donc explique, Ciel vengeur, que Médée a longtemps provoqué ! Je l'avoue, à tes coups dès longtemps préparée, Contre celui-là seul je me crus rassurée ; C'était le seul endroit où tu pouvais frapper Un cœur qui par tout autre aurait su t'échapper. Mais rien n'a pu tromper ta vengeance certaine. Tu n'aurais qu'à demi rassasié ta haine, Si celui pour qui seul j'ai commis ces horreurs N'eût servi d'instrument à tes desseins vengeurs ! Où m'a conduit, grands dieux, une flamme funeste! Depuis ce jour fatal où le courroux céleste Amena le perfide au palais d'Eétès , Tous mes pas ont été marqués par mes forfaits. Par des ruisseaux de sang j'ai tracé ma carrière : Absyrthe, Pélias, toi surtout, toi, mon père ! Fuyez, vains souvenirs, si longtemps combattus! Quand les crimes sont faits , les remords sont perdus. Fantômes importuns, ombres toujours sanglantes, De mon fatal amour victimes menaçantes, Éloignez-vous... Mais quoi ! venez-vous contempler

MEDEE. 33

Les tourments dont le sort se plaît à m'aecabler? Eh bien ! contentez donc l'excès de votre haine , Satisfaites enfin votre soif inhumaine.

S'il vous fallait enfin mon cœur à déchirer, Barbares, vous n'avez plus rien à désirer !

Page 1