XX PRÉFACE
cette âme elle-même. L'amour, quand il s'exprime dans l'incomparable mélodie de ses vers, n'est plus seulement un bonheur, il devient une vertu. Un simple regard jeté par le poète sur la nature s'accompagne d'un essor de l'àme tout entière vers le Créateur. Ses moindres études de paysage sont des esquisses du monde invisible.
Chacune des promenades que nous faisons avec lui dans les forets ou sur les grèves est une contemplation et une prière. Il n'a pas besoin de dogmatiser comme certains rimeurs qui prétendent avoir charge dames ; il nous saisit d'une main irrésistible, nous arrache à nous-mêmes et à la terre, nous enlève à travers les sphères en un ravissement continu, et nous précipite dans le sein de Dieu.
Ainsi, quand l'aigle du tonnerre Enlevait Ganymède aux cieux, L'enfant s'attachant à la terre Luttait contre l'oiseau des Dieux:
Mais entre ses serres rapides L'aigle, pressant ses flancs timides.
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L'arrachant aux champs paternels.
Et, sourd à la voix qui l'implore, 11 le jetait, tremblant encore, Ju-qjes aux pieds des immortels (1).
Les âmes d'aujourd'hui seraient plus difficiles à déraciner de la terre que celles des premiers lecteurs de Lamartine. Je doute que sa voix divine, s'il chantait encore, fit battre les cœurs de la jeunesse comme les nôtres ont battu aux strophes des Méditations et des Harmonies. Est-ce l'immortelle poésie qui a vieilli ? Est-ce que dans la société présente les hommes naissent trop vieux pour goûter ce lait et ce miel de l'âge d'or ?
Je ne sais ; mais avoir compris, avoir aimé, avoir adoré cet incomparable chantre du divin dans la nature et de l'idéal dans l'amour, c'est pour ceux de notre génération plus qu'un souvenir de volupté, c'est un sujet d'orgueil. Plaignons la société polie et les classes cultivées si elles arrivent à préférer à
l 1/ l'Enthousiasme.
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Lamartine n'importe lequel de ses contemporains. Je verrais dans cette préférence un notable abaissement du niveau moral tout autant que du goût littéraire.
Mais la faveur publique revient au grand poëte spiritualiste. L'intelligence française a trop d'exactitude et de noblesse pour se prêter longtemps aux débauches de l'imagination et des sentiments grossiers. D'ailleurs ces aberrations du goût n'atteignent jamais le groupe des âmes délicates qui forment dans tous les temps le vrai public de la poésie. Les adorateurs de Lamartine composent une sorte d'église indestructible et qui doit survivre aux écoles les plus bruyantes et les plus populaires.
Pour nous, l'un de ses disciples, après tant
d'autres, et l'un des amis de son auguste et douloureuse vieillesse, nous lui rendons un véritable culte, depuis le jour où nous nous sommes éveillés à la vie de l'esprit. Il est le créateur des régions enchantées où vécut
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notre jeunesse : nos plus pures, nos plus hautes jouissances, c'est à lui que nous les devons ; l'âge lui-même n'émousse pas la vivacité de ce senti me ut et n'en altère pas la sereine profondeur.
Le sens critique devient avec les années plus susceptible et plus chagrin. Quand os* vieillit, le plaisir de lire naïvement s'évanouit quelquefois dans l'habitude et le besoin déjuger. La poésie de Lamartine est la seule que nous relisions encore avec notre àme du la vingtième année. Il semble qu'elle nous communique son éternelle jeunesse. L'incomparable musique de ce vers endort la critique comme la lyre d'Orphée endormait les gardiens et les juges infernaux. Mais cette ivresse est aussi bienfaisante que d'autres sont délétères. L'âme s'en réveille fortifiée etrajeunie, purifiée dans ses amours, agrandie dans ses conceptions, plus ardente et plus vive dans sou essor vers l'infini.
Les illusions mêmes que le poète a fait
sxrv