‹ Poésies inédites de LamartineChapitre 5 sur 82 · SCÈNE II JASON, ÉGISTHE, CRÉON · texte numérisé non relu

SCÈNE II JASON, ÉGISTHE, CRÉON

CRÉON

Enfin l'heureux Jason voit un ciel plus serein

Ranimer sa fortune et changer son destin !

La Grèce avec plaisir voit un héros qu'elle aime

.Monter au rang qu'on doit à la valeur suprême

Et du trône, à son père injustement ravi,

Prêt à chasser enfin un tyran ennemi.

Le bruit de ce bonheur se répand dans la Grèce ;

Athène en fait partout éclater l'allégresse,

Seigneur, et tout un peuple, en ces instants heureux.

Fait des vœux pour Jason et rend grâce à ses dieux.

Moi-même je venais partager votre joie;

Mais, au sein du bonheur que le ciel vous envoie,

Quel nuage, Seigneur, peut troubler votre cœur

MÉDÉE

Et voiler votre front d'une sombre douleur? Pariez, éclaircissez cet étrange mystère.

JASOX.

Ce n'est point devant vous que je pourrais le taire, Seigneur ; d'un trône même un cœur est peu flatté Lorsqu'au prix du bonheur il doit être acheté.

CRÉO.N.

Et quel est donc, Seigneur, ce soin qui vous afflige, Ce sacrifice enfin que votre gloire exige ? De quel prix parlez- vous ?

JASOX.

Ah, du prix le plus doux, Seigneur, qu'aucun mortel puisse attendre de vous !

CRÉON

Eli quoi?

JASOX.

L'ordre des dieux m'appelle eu Thessalie, Seigneur; j'y dois venger ma famille trahie Et relever le trône où je devrai m'asseoir. Et ma gloire et mon nom, tout m'en lait un devoir. J'y souscris, ma valeur m'y fait trouver des charmes; .Mais puis-je donc partir sans répandre des larmes

Et voir sans en frémir cet hymen désiré, Même par des exploits, de nouveau différé ?

CRÉON

Et qui parle, Seigneur, de différer encore

Cet hymen dont l'espoir et me flatte et m'honore ?

Je venais au contraire en presser le moment.

JASON

Pour le triste Jason quel espoir consolant,

Seigneur ! Mais est-ce au sein du tumulte et des armes,

Quand tout va respirer la guerre et les alarmes,

Quand je m'éloigne enfin, incertain du retour,

Que nous devons former ces doux nœuds de l'amour,

Souffrir?...

CRÉOX.

Non, non, Seigneur, sous quels plus beaux auspices Pouvons-nous célébrer ces heureux sacrifices, Et d'un si noble hymen allumer les flambeaux ? Vous partez, vous allez par des exploits nouveaux A vos heureux projets enchaînant la victoire, D'un nom déjà fameux accroître encorla gloire. Mille jeunes guerriers briguent déjà l'honneur De marcher sous les lois d'un si fameux vainqueur , D'apprendre sur vos pas ce grand art de la guerre; Riais ils veulent, Seigneur, que Jason soit leur frère,

MEDEE. 1 S

Que de Creuse enfin ce héros soit l'époux : Ils combattront pour elle en combattant pour vous, Et ces deux noms unis, doublant encor leur zèle, Vous n'aurez pas, Seigneur, de guerriers plus fidèles. Déjà leur noble troupe environne ces lieux Et demande à grands cris cet hymen précieux. C'est le ciel par leur voix qui nous parle peut-être. Obéissons, Seigneur ; que le jour qui va naître Éclaire les beaux nœuds que nous allons serrer. Pour cette pompe auguste allons tout préparer. Et moi-même, je vais, dans l'ardeur qui me presse, De son prochain bonheur instruire la princesse.

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