‹ Poésies inédites de LamartineChapitre 62 sur 82 · STANCES AU BARON DE VIGNET · texte numérisé non relu

STANCES AU BARON DE VIGNET

Salut, de mes travaux compagne solitaire, Cher témoin autrefois des plus chères amours! J'ai perdu mon bonheur, tu gardes ta lumière: Elle est pure et belle toujours !

Tu me fais souvenir des beaux jours de ma vie, Lorsque, de Pompéi visitant les déserts, J'allais des temps passés évoquer le génie, Pleurer et murmurer des vers.

Le soleil achevait son immense carrière ; J'étais seul au milieu du peuple enseveli, Et mes regards distraits cherchaient dans la poussière Quelques noms sauvés de l'oubli .

Là je te découvris sous la cendre entassée. Près de toi, de ces lieux triste et frêle ornement, Une trace restait, mais bientôt effacée, Dernier débris d'un sein charmant.

Peut-être a ta lueur la vierge était venue Implorer dans le temple, aujourd'hui désolé, Cette félicité qu'elle n'a pas connue, Cet amour en vain appelé!

La vierge dans la tombe a péri tout entière : Jeunesse, pudeur sainte, attraits mystérieux Qu à peine devina le regard d'une mère. Vous avez passé sous les cieux!

Ali ! vous avez passé comme l'éclair s'élance, Comme tombe le flot par le flot entraîné. Comme fait au matin la dernière espérance Que rêvait un infortune!

La beauté n'est donc pas l'idole de la terre ! Je fus un insensé de vivre à ses genoux ; J'oubliai qu'ici-bas, comme nous étrangère, L'idole passait comme nous.

Qu'importe qu'elle soit ou propice ou funeste ! Mi m âme dans son cu'te a besoin d'avenir,

D'un dieu qui soit puissant, qui triomphe, et lui reste Après les jours qui vont finir!

Oui, je veux m'arracher à tout ce qui s'oublie, De tout ce qui périt je briserai l'autel, Et j'irai, ranimant les feux de mon génie, Chercher un espoir immortel !

L'aigle dans son repos n'est-il pas l'aigle encore? Sous son aile superbe il se cache à demi ; Mais il a vu sa proie, il s'élance, il dévore... Vous aviez cru l'aigle endormi!

Je vous plains d'avoir cru qu'un enfant de la lyre, Du lierre impérissable une fois couronné, Voudrait mourir sans gloire, ou, cédant un empire, Vivre comme un roi détrôné.

Jamais, dans mes ennuis reniant ma jeunesse. Je n'abjurai les dons qu'elle aimait une fois; Mon sommeil invoquait la muse enchanteresse.

Et son nom tombait de ma voix.

Et son regard veillait sur mon âme assoupir: Telle, en la triste nuit, ô lampe, ô pur flambeau, Quand mes amis en pleurs voyaient pâlir ma vie. Tu brillais d'un éclat plus beau !

2\k POESIES INEDITES.

Ah ! ta flamme a toujours étonné ma pensée : Emblème révéré, bienfait ou châtiment, Puissance inconcevable entre nos mains laissée, Sœur de la vie et du néant !

Un souffle l'a créée, un souffle va l'éteindre. Elle efface en un jour le nom d'une cité. Il faut, comme le sort, l'ignorer et la craindre, L'admirer comme la beauté.

Voyez-la s'élancer avec impatience !

C'est un esprit d'en haut parmi nous retenu, Qui nous quitte et s'envole, et, comme l'existence, Va chercher le but inconnu!

La nature est partout vers ce terme entraînée. Ce qu'on nomme la mort est à peine un sommeil ; L'insecte aura son jour, la fleur sa destinée, Notre argile aura son réveil.

Savons-nous les secrets de toute la nature? De chaque bruit du soir perdu dans l'horizon, Du nuage qui passe et flétrit la verdure. Et des feux errants du vallon?

Savons-nous le secret du nid de la eolombe? Avons-nous bien compris la douleur et l'amour,

Le berceau de l'enfant renversé dans la tombe, Et la nuit qui succède au jour?

Le murmure des vents n'a-t-il point un langage? La feuille un livre ouvert où s'égarent nos yeux? Le torrent qui féconde ou détruit le rivage N'a-t-il rien de mystérieux?

N'allons pas soulever ces voiles salutaires! Jusqu'au moment suprême où nous devrons tout voir Tl vaut mieux ignorer que sonder les mystères, Il vaut mieux croire que savoir.

Adieu, ma lampe, adieu! J'ai consacré ta flamme. Si je crois, si j'espère, ah! veille encor sur moi ! Si le doute orgueilleux s'empare de mon ànie, Puissé-je m' éteindre avec toi !

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