STANCES A CESAR ALFIERI
Sur les bords que baigne la Doire Et qu'échauffe un soleil plus beau, Les arts, la fortune et la gloire Environnèrent ton berceau.
Rejeton d'une tige antique, Les ombres de tous tes aïeux, Pleines d'un esprit prophétique, Se réjouirent dans les cieux.
Héritier d'une race illustre Et d'un nom qui ne peul mourir, Garde lui, dirent-ils, sou lustre, Puisque rien ne peut l'agrandir!
A ces mots, clans l'auguste enceinte Où le marbre garde leurs os, On entendit, au lieu de plainte, Retentir la voix des héros.
Ou vit s'agiter leur armure, Et les lances des chevaliers, Avec un belliqueux murmure.
Frappèrent sur les boucliers.
Du chœur des ombres immortelles, Ton oncle f, à ce bruit s'élançant, Du haut des sphères éternelles Contemplait son neveu naissant.
D'une main il tenait la lyre
Qu'il ravit à l'antiquité;
L'autre aux yeux des rois faisait luire
Le poignard de la liberté.
Du nuage qui l'environne Il fit pleuvoir sur ton berceau Quelques feuilles de la couronne Dont Florence2 orna son tombeau.
1 Victor Alfieri le tragique.
- Tombeau d' Alfieri daus Santa Croce^ à Florence, par Canova.
« Que ces lauriers héréditaires, Dit-il, germent encor pour toi!
Imitateur d'illustres pères, Fais comme eux! (mante comme moi!
« Mais en recevant mon erénie Préserve-toi de mes erreurs :
La haine de la tyrannie Aigrit trop mes antiques mœurs;
« Sous des monarques débonnaires Sans péril j'élevai la voix; Et, près des excès populaires, Je combattis le joug des rois.
« Ainsi, quand pour purger la terre De mille monstres renaissants.
Hercule attaquait la Chimère, La terre enfantait des brigands.
«Pour changer seulement d'entrave, A quoi bon taire un vain effort?
Ici-bas tout homme est esclave Des dieux, de lui-même ou du sort.
« Aux bords de la Seine ou du Tibre.
ri
Sous un consul ou sous un roi, Sois vertueux, tu seras libre, Ton indépendance est en toi! »
Milly, 20 novembre 1817.