‹ Poésies inédites de LamartineChapitre 66 sur 82 · A IDA · texte numérisé non relu

A IDA

Est-il une langue pareille À celle qui charme nos sens, Quand de tes suaves accents Ta voix enivre mon oreille?

A l'amour prôta-t-on jamais Plus de délire ou plus de charmes, À la passion plus de larmes, A la volupté plus d'attraits?

Je disais... Dans un long silence S'éteignent ses divins accords, Et, pleine de divins transports, Ida sur la scène s'élance.

1 Madame la comtesse Ida de Bombelles. Voy. Harmonies, livre 11, !i. Commentaire.

Le voile de ses blonds cheveux Roule en désordre sur sa joue.

Mais son beau front, qui les secoue, Loin d'elle en rejette les nœuds.

Son haleine abaisse et soulève Un sein qui palpite d'amour, Et vers le céleste séjour Sa paupière humide s'élève.

. Ses bras tombent sans mouvement, Ses doigts amollis s'entrelacent, Et sur ses genoux qui s'effacent Son corps fléchit languissamment.

Le désespoir de Madeleine Sur ses traits semble respirer; Elle pleure, tout va pleurer. ..

Mais un geste a changé la scène.

Ses bras arrondis en berceau Se recourbent vers sa poitrine, Son front chargé d'amour s'incline Pour contempler son doux fardeau :

C'est la Vierge dont l'œil admire Sur son sein son fils endormi ;

Sa lèvre sourit à demi

Aux lèvres qu'elle voit sourire.

De ses traits la chaste candeur Nous révèle un divin mystère :

C'est la passion d'une mère, D'une vierge c'est la pudeur.

Adorez!... Mais non, plus rapide Que l'œil sur sa trace emporté.

C'est la mère de la beauté Qui triomphe aux bosquets de Gnide î

Fuyons, mon âme, au fond des solitudes, Fuyons ce monde infidèle ou pervers.

Et secouons, au seuil de ces déserls, Espoir, amour, désirs, inquiétudes, Poussière, hélas! dont nos pieds sont couverts

Voici des bois, des rochers et des plages Que la nature a formés de ses mains!

Les seuls torrents ont creusé ces chemins, L'écume seule aborde ces rivages Que nont jamais foulés des pieds humains!

Là, cherche enfin ton repos en toi-même. De ton bonheur les songes furent courts! Loin de ces bords chasse-les pour toujours ; N'aime plus rien que ce doux ciel qui t'aime,

Au soleil seul demande tes beaux jours!

Au cœur blessé la nature est si douce! La solitude est la part du malheur.

Déjà le calme est rentré dans mon cœur. Déjà ma vie a repris sans secousse Son cours qu'avait suspendu la douleur !

Page 1