DONNÉE PAR S. A. I. L'ARCHIDUCHESSE CAROLINE A JUL1A
Colombe aux ailes d'or et sous la pourpre née,
Tu quittes les genoux des rois Pour venir partager une humble destinée
Sous les simples voûtes des bois ;
Tu fuis les cours où règne un bruit qui l'importune,
Où la foudre jamais ne dort, Où d'un vent éternel l'orageuse fortune
Ébranle plus souvent le sort.
Ah! viens! Jeté promets la source au doux murmure,
Et l'ombre sous les feux du jour, Et, près d'un cœur enfant qu'échauffe une âme pure.
Un nid d'innocence et d'amour.
22Zv POESIES INEDITES.
Viens, tu n'entendras plus ces bronzes que l'on traîne
Devant les nièces des Césars, Et de son vif éclat la pompe souveraine
N'étonnera plus tes regards;
Tu verras l'humble seuil ou les toits des chaumières Tout couverts de tes blanches sœurs,
Des agneaux suspendus aux grappes des bruyères, De l'eau, de la mousse et des fleurs;
Tu trouveras des cœurs transparents comme Tonde
Qui reçoil et rend la clarté.
Ignorant cette langue à l'usage d'un monde
Où se voile la vérité ;
Des cœurs dont la colombe est le touchant emblème,
Et dont les yeux sont le miroir, Où la simple vertu qui s'ignore soi-même
Est modeste sans le savoir;
De longues amitiés, des amours purs! Que dis-je?
Àh ! si tu cherches ces vrais biens, Reprends,, reprends ton vol! Par un double prodige
Ils sont tous aux lieux d'où tu viens!
Tu changerais en vain de toit et de royaume, Tes yeux ne trouveront jamais
Plus de simplicité, de bonheur sous le chaume, Que tu n'en vis dans ce palais!
Là, le ciel a caché sous l'or du diadème
Des cœurs purs, des fronts ingénus, Et cette majesté dont la grandeur suprême
N'est qu'un voile pour leurs vertus !
PourJulia de Lamartine.
Livourne, 15 août 1828.