HENRY I.YTK. PARTANT LE MONCEAU
Quand tu te souviendras de la charmante hégire
Où, posé pour un soir au bord de mon ruisseau, Deux mères t'adoraient de leur pieux sourire, Deux anges à genoux te servaient au berceau ;
Quand tu te souviendras de la langue inconnue Que la maison parlait, ruche d'un autre essaim, Des baisers qui marbraient ta belle épaule nue. Des lys moins blancs que toi qu'on jetait dans ton sein ;
Quand tu te souviendras de ces genoux de femme, Où l'on se disputait le soir de t'assoupir, Où tout un cher loyer, dont lu paraissais l'âme, Dr peur de t'éveiller retenait son soupir;
Quand tu te souviendras des belles grappes mûres Qui, sous la vigne jaune arrondie en berceau, Faisaient lever tes mains, avec de doux murmures De ne pouvoir atteindre où becquetait l'oiseau ;
De tes jeux sur la source avec les coquillages, Des feuilles qui pleuvaient du saule murmurant, Et des barques de noix qu'à de riants naufrages, Comme des rêves d'homme, entraînait le courant;
Quand tu commenceras à la trouver amère, Cette coupe de Dieu, qui n'est douce qu'au bord, Et que tu suivras seul sans la main de ta mère La route où chaque pas trébuche sur la mort;
Souviens-toi de l'année, et du mois, et de l'heure, Et dis, en revoyant en songe ce séjour : « Que la paix d'un long soir soit sur cette demeure » Où j'apportai la joie, où j'emportai l'amour!
Monceau, 28 novembre lx.Yi