‹ Poésies inéditesChapitre 10 sur 88 · L'AMI D'ENFANCE · texte numérisé non relu

L'AMI D'ENFANCE

»i®|N ami me parlait et me regardait vivre. Alors, c'était mourir.... Mon jeune âge était ivre De l'orage enfermé dont la foudre est au cœur : El cet ami riait, car il était moqueur.

Il n'avait pas d'aimer la funeste science. Son seul orage à lui c'était l'impatience. Léger comme l'oiseau qui siffle avant d'aimer, Disant : « Tout feu s'éteint, puisqu'il peut s'allumer; » Plein de chants, plein d'audace et d'orgueil sans alarme, Il eût mis tout un jour à comprendre une larme. De nos printemps égaux lui seul portait les fleurs; J'étais déjà l'aînée, hélas! par bien des pleurs.

Décorant sa pitié d'une grâce insolente, II disputait, joyeux, avec ma voix tremblante; A ses doutes railleurs je répondais trop bas.... Prouve-t-on que l'on souffre à qui ne souffre pas?

Soudain, presque en colère, il m'appela méchante. De tromper la saison où l'on joue, où l'on chante :

« Venez, sortez, courez où sonne le plaisir ! Pourquoi restez-vous là navrant votre loisir? Pourquoi déifier vos immobiles peines?

Venez, la vie est belle, et ses coupes sont pleines!... Non? Vous voulez pleurer? Soit ! J'ai fait mon devoir; Adieu! — Quand vous rirez, je reviendrai vous voir. »

Et je le vis s'enfuir comme l'oiseau s'envole; Et je pleurai longtemps au bruit de sa parole; Mais quoi ? la fête en lui cbantait si haut alors Qu'il n'entendait que ceux qui dansaient au dehors.

Tout change. Un an s'écoule, il revient... Qu'il est pâle! Sur son front, quelle flamme a soufflé tant de hâle? Comme il accourt tremblant! Comme il serre ma main! Comme ses yeux sont noirs ! Quel démon en chemin L'a saisi? C'est qu'il aime ; il a trouvé son âme. Il ne me dira plus : « Que c'est lâche une femme ! » Triste, il m'a demandé : « C'est donc là votre enfer? Et je riais... Grand Dieu ! vous avez bien souffert! »

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