LE PUITS DE NOTRE DAME A DOUAI
^TO^iEux puits emmantelé de mousse et de gazons, Flot caché qui lavais le rang de nos maisons, Centre d'égalité pour tout le voisinage, Innocent cabaret du vieux et du jeune âge Par le riche et le pauvre envahi chaques jours Je te salue, ô toi qui te donnes toujours !
Dieu n'aura pas permis que l'on séchât ta source. Et les enfants nouveaux y dirigent leur course, Et les femmes encore y vont entretenir Leurs bonheurs d'autrefois qui font mon souvenir.
Car au soleil couchant, du fond de leurs familles,^ Glissaient au rendez-vous les plus petites filles. Pareilles aux ramiers que l'on se plaît à voir S'abattre et s'étaler au bord d'un abreuvoir, Dans le gravier qui brille imbiber leur plumage Et roucouler entre eux leur bonheur sans nua^e.
De même, retenant les cris clairs et charmants, On se reconnaissait par des chuchotements, — (J'en étais ! ) — soulevant jusqu'au flot sédentaire Tous nos fronts ravivés de moiteur salutaire ; Et là se ranimaient les agneaux languissants Trop serrés tout le jour dans nos bras caressants.
Quel calme! Quel espace! Et quel mouvant silence ! Ne songeant plus si l'heure au clocher se balance, Ni si, dans l'univers, d'autres enfants bénis Sont rentrés au bercail et les ramiers aux nids. Un liseur de légende ayant vu parmi l'ombre Nos blonds essaims tourner alentour de l'eau sombre, En eut fait des ondins à demi-réveillés. Dansant la bouche close et les cheveux mouillés.
Et quand vient me chercher le rêve aux longues ailes Vers ces enfants.... depuis changés en demoiselles. Je descends haletante à ses chastes lueurs. Mais plusieurs sont absents et leurs noms sous des fleurs. Je ne retrouve plus Albertine envolée, Ni mes sœurs, toutes trois dans une autre vallée. Je sais qu'elles sont bien, mais le rêve éperdu Me ramène plus triste. Il ne m'a rien rendu.
Que dis-je? Il m'a donné de replon^^er mon âme Dans celte eau jaillissant aux pieds de Noire-Dame, El d'aller iibremenl, humblement me rasseoir Sur les bancs consacrés aux prières du soir. Beau rêve ! Il m'a permis de reposer ma tête, Non comme l'hôte heureux et comblé de la fête, Mais comme le banni fatigué de gémir Cherchant de l'ombre à pari afin d'oser dormir.