‹ Poésies inéditesChapitre 8 sur 88 · UN POETE PERSAN · texte numérisé non relu

UN POETE PERSAN

'i^r>iTiÉ de moi ! j'étais l'eau douce ; Un jour j'ai rencontré la mer; A présent j'ai le goût amer, Quelque part que le vent me pousse.

Ah ! qu'il en allait autrement Quand, légère comme la gaze Parmi mes bulles de topaze Je m'agitais joyeusement.

Nul bruit n'accostait une oreille D'un salut plus délicieux Que mon cristal mélodieux Dans sa ruisselante merveille.

L'oiseau du ciel, sur moi penché, M'aimait plus que l'eau du nuage,

Quand mon flot, plein de son image, Lavail son gosier desséché.

Le poëte errant qui me loue Disait un jour qu'il m'a parlé :

« Tu semblés le rire perlé D'un enfant qui jase et qui joue.

Moi, je suis l'ardent voyageur Incliné sur ta nappe humide.

Qui te jure, ô ruisseau limpide, De bénir partout ta fraîcheur. »

— Doux voyageur, si la mémoire S'abreuve de mon souvenir, Bénis Dieu d'avoir pu me boire, Mais défends-toi de revenir.

Mon cristal limpide et sonore Où s'étalait le cresson vert Dans les cailloux ne coule encore Que sourdement, comme l'hiver.

L'oiseau dont la soif est trompée Au nuage a rendu son vol,

Ella plume du rossignol

Dans mon onde n'est plus trempée.

Celte onde qui filtrait du ciel Roulait des clartés sous la mousse. . . . J'étais bien mieux, j'étais l'eau douce, El me voici traînant le sel.

Page 1