Poésies
Oaint-Lambert ( Charles-Frauçois , marquis de), poète franeois, naquit, en 17 17, à Vézelise , en Lorraine, d'une famille noble, mais sans fortune. Il servit dans le corps des Gardes-Lorraines; et après la paix d'Aix-la-Chapelle, en 1748, il s'attacha au roi Stanislas, qui lui donna une place d'exempt de ses gardes Bu-corps. C'est à la cour de ce prince que Saint- Lamhcrt connut la marquise du Châtelet , dont il ne tarda pas à devenir amoureux. Cette femme célèbre ,
n NOTICE
malgré son intimité avec Voltaire, ne fut pas insensible aux vœux du jeune officier, et de leur commerce il survint un enfant dont la naissance coûta la vie à sa mère. Après la mort de madame du Châtelet , Saint - Lambert , qui s'étoit déjà fait connoitre par des poésies fugitives fort agréables , vint à Paris , on il se lia particulièrement avec Duclos, Diderot, Grimm , Jean - Jacques Rousseau , etc. Tant que le roi Stanislas vécut , il partageoit son année entre Paris et la Lorraine. Ensuite il obtint une commission de colonel au service de France, et fit en cette qualité les campagnes de Hanovre ( 1756-1707.)
Peu de temps auparavant il avoit inspiré à madame d'Houdetot , une passion que son excès même et sa constance rendirent en quelque sorte respectable, puisqu'elle n'eut de terme que la vie de celui qui l'avoit fait naître. Rousseau , ami de Saint-Lambert , tenta vainement de le supplanter dans le cœur de sa maîtresse ; ainsi il étoit dans sa destinée d'être , eu amour , le rival , et le rival heureux des deux plus grands écrivains du dix-huitième siècle.
Après la campagne d'Hanovre , Saint - Lambert quitta le service , réalisa sa fortune qui étoit peu
SUR SAINT-LAMRERT. m
considérable, et se consacra exclusivement aux lettres. Il lut dans les sociétés ses poésies fugitives, et des fragments du poème des Saisons , auquel il travailloit depuis long -temps; ces lectures en firent bientôt un poëte à la mode. Il publia en 1769 soii poème des Saisons, qui, dès son apparition, fut accueilli avec enthousiasme par les philosophes, et dénigré sans mesure par le parti qui leur étoit opposé. Si Voltaire, que le poëte avoit proclamé
Vainqueur des deux rivaux qui régnent sur la scène ,
ne mettoit pas de bornes dans les louanges qu'il lui donnoit, Palissot, Clément, Fréron, critiquoient les défauts du poème avec autant d'exagération. Le poème des Saisons a sans doute un mérite réel, puisqu'il est resté. On y desireroit plus de verve et d'invention ; mais il offre une élégance continue, des pensées ingénieuses , des détails brillants qui en ont assuré le succès, et qui le font encore réimprimer tous les jours.
Le poème des Saisons ouvrit à Saint-Lambert les portes de l'Académie, où il fut reçu le 9.1 juin 1770,
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à la place de l'abbé Trublet. Dans la séance de sa réception , outre le discours d'usage , il lut le second chant d'un poëine sur le Génie , qui fut faiblement accueilli : ce fut sans doute pour cette raison que Saint-Lambert n'acheva jamais ce poème.
Saint-Lambert avoit publié à la suite des Saisons, ses poésies fugitives qui sont peut-être ce qu'il a fait de mieux , quelques contes en prose peu estimés , et des fables orientales où il y a du trait et de la précision.
Depuis sa réception a l'Académie , il se livra avec une nouvelle activité à ses travaux littéraires ; il donna des articles à l'Encyclopédie ; il publia ( en 177 1) une deuxième édition des Saisons, avec des changements et des additions considérables ; il augmenta le recueil de ses fables orientales, et fit imprimer un Essai sur la. vie et les ouvrages d' Helvétius qu'il plaça en tête du poème du Bonheur, ouvrage posthume de cet auteur.
Saint - Lambert avait 71 ans lorsque les malheurs de la révolution vinrent troubler sa vieillesse , en causant la dispersion , la ruine ou la mort de ses amis, et la destruction de l'Académie française; il