CHANSON
Oans dépit, sans légèreté, Je quitte une amante volage , Et je reprends ma liberté Sans regretter mon esclavage.
Ce matin j'ai cueilli des fleurs Sans faire un bouquet à Lisette ; J'ai déjà quitté ses couleurs , Te vais lui rendre sa houlette.
Sans rougir j'ai vu sous l'ormeau Sylvandre auv pieds de l'infidèle ; J'ai joué sur mon chalumeau L'ail' que Sylvandre a fait pour elle.
Je ne fais plus dans nos vallons Retentir le nom de Lisette ; Je veux lui dire les chansons Que je ferai pour Timarette.
Si quelquefois dans le sommeil Ses faveurs me sont retracées , Elle n'est plus à mon réveil La première de mes pensées.
Je ne viendrai plus en ces lieux Respirer l'air qu'elle respire ; Je ne cherche plus dans ses yeux Ce que je dois penser ou dire.
Lisette a perdu plus que moi ; J'étois tendre, elle étoit coquette Lisette m'a manqué de foi ; Non , non , je n'aime plus Lisette.
ELEGIE
Or tous les jours je voyois Galatée,
Si chaque instant elle occupoit mes yeux ,
Tous les plaisirs que la terre et les cieuv
Peuvent donner à la vue enchantée ,
Je le sens bien , je pourrois sans regrets
A ces plaisirs renoncer pour jamais :
Dans l'univers je voudrais ne voir qu'elle.
Quand la nuit sombre a voilé dans nos champs
L'éclat pompeux de la saison nouvelle ,
Ai-je regret aux trésors du printemps,
A ses couleurs, aux fleurs, à la verdure?
Non ; je regrette alors dans la nature
Une beauté, son plus riche ornement.
Mais quel transport succède à mon tourment , Lorsqu'aux ravons de la lune argentée
Je puis revoir l'objet de mon amour!
Charmante nuit , tu vaux le plus beau jour.
Que me faut-il quand j'ai vu Galatée ?
La voir encor. Si le dieu du repos
Veut sur mes sens répandre ses pavois ,
Dans les langueurs où le sommeil me plonge ,
Quoi, dis-je alors , mes yeux fermés long- temps
Ne pourront voir tous ces traits si charmants?
Ah! si du moins je puis les voir en songe,
Je suis heureux. Mais déjà le soleil
Des champs de l'air vient d'éclairer l'espace,
Et l'espérance a hâté mon réveil.
O dieu du jour, soleil , je te rends grâce.
Tout ce qui vit et peuple l'univers , Lorsque ton char, commençant sa carrière , Enflamme l'onde en roulant sur les mers, Se réjouit de revoir la lumière , De retrouver ses plaisirs , ses travaux , Et le mélange et des biens et des maux.
Moi , dont jamais l'ame n'est agitée Par des projets , des soins, de vains désirs, Dans un plaisir j'aurai tous les plaisirs Et tous les biens: je verrai Galatée.
(chaque jour je découvre eu toi Des raisons d'ajouter à ma tendresse extrême : Il faut t'avoir aimée aussi long-temps que moi
Pour savoir à quel point je t'aime.