A M-E DE BEAUVAU
Avec les charmes de l'Amour
( Ou , si vous l'aimez mieux , des anges ) ,
Vous avez eu jusqu'à ce jour
Plus de bonbons que de louanges.
Quand votre miroir aujourd'hui
Vous dit que vous êtes jolie ,
Loin qu'on vous en parle après lui .
On veut que votre cœur l'oublie.
Tout sans cesse occupe vos yeu\ :
Votre esprit vif est curieux ;
C'est le bon esprit à votre âge :
Il cherche un sens au mot nouveau ,
Et des objets dans le cerveau
Il place les noms et l'image :
À votre esprit pourtant, Beauvau ,
Personne encor ne rend hommage.
Quand vous bâillez à quelque trait D'un certain livre fort abstrait , Votre mie aussitôt vous gronde ; Elle prétend que par projet Vous vous ennuyez d'un sujet Qui doit ennuyer tout le monde.
On vous fait un sermon chrétien Sur votre ignorance profonde , Et jamais vous n'entendez bien Ce bon livre où l'on n'entend rien.
On est encor plein d'injustices
Sur vos mœurs , sur vos goûts naissants ;
De vos vœux les plus innocents
On exige des sacrifices.
On vous apprend l'art d'obéir :
Eh! Beauvau , qu'en pourrez-vous foire?
Tous les cœurs voudront vous servir.
Oui , vous avez le don de plaire , Du sentiment, de la gaîté, Des grâces, de l'égalité ; Vous ressemblez à votre mère :
"Vous aurez avec sa beauté Son esprit et son caractère.
MADRIGAL
V olez , papillon libertin ; Aux fleurs de nos vergers le printemps vous rappelle; Plus pressant cpi'amoureux , plus galant que fidèle, De la rose cocpiette allez baiser le sein ; Qu'un goût vif et léger vous amuse auprès d'elle :
Triomphez , et volez soudain
Auprès d'une rose nouvelle ; D'aimer et de changer faites-vous une loi , A ces douces erreurs consacrez votre vie. Ce sont là des conseils que j'aurois pris pour moi ,
Si je n'avois point vu Sylvie.
FUGITIVES. 3*i