‹ PoésiesChapitre 21 sur 23 · EPITRE A · texte numérisé non relu

EPITRE A

A vivre au sein du jansénisme , Cher prince, je suis condamné , Et , des muses abandonné , Dans le vieux château de Ternai Je répète mon catéchisme.

Des intrigues de Port-Royal J'apprends à fond tous les mystères ; J'entends mettre au rang des saints pères Nicole , Quesnel , et Pascal.

J'en lis un peu par courtoisie.

Ces fous , pleins de misanthropie , Souvent ne raisonnoient pas mal :

Ils ont eu l'art de bien connoître L'homme qu'ils ont imaginé ;

Mais ils n'ont jamais deviné

Ce qu'est l'homme et ce qu'il doit être.

Plus ingénu , moins orgueilleux ,

Montaigne , sans art , sans système ,

Cherchant l'homme dans l'homme même,

Le connoît et le peint bien mieux.

Par mille traits ingénieux

Le Socrate anglois nous réveille ;

Il inspire quand il instruit;

C'est un sage qui nous conduit,

C'est un ami qui nous conseille.

Un vieux janséniste grondeur

Dit qu'en détruisant la nature

On fait plaisir à son auteur,

Et qu'on charme le créateur

En tourmentant la créature :

Du petit nombre des élus

Tous ses ennemis sont exclus ;

Et ces sauvages cénobites

Qui vantent à Dieu leur ennui ,

Ne voudroient plus vivre pour lui ,

S'il étoit mort pour les jésuites.

Indulgente société,

O vous, dévots plus raisonnables,

\pôtres pleins d'urbanité , Le goût polit vos moeurs aimables.

Vous vous occupez sagement De l'art de penser et de plaire ; Aux charmes touchants du bréviaire Vous entremêlez prudemment Et du Virgile et du Voltaire ; Vous parlez au nom du Seigneur, Et vous n'ennuyez point les hommes; Vous nous condamuez sans fureur, Vous nous vovez tels cpte nous sommes.

Je ne prends point pour directeur Un fou dont la mauvaise humeur Érige en crime une foiblesse , Et veut anéantir mon cœur Pour le conduire à la sagesse.

Je sens , j'ai des goûts , des désirs ; Dieu les inspire ou les pardonne :

Le triste ennemi des plaisirs L'est aussi du Dieu qui les donne.

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