FAITS A UNE REPRESENTATION D ARMIDE
JN on, vous n'êtes point Armide.
Puisque Renaud fut vainqueur ; Dans vos yeux l'Amour réside , Il triomphoit dans son cœur.
Prèi à reprendre les armes.
Par les faveurs, par les larmes , Renaud n'est point attendri ; Et vous, sans art , mais plus belle, Vous l'auriez mieux asservi :
Vous eussiez été cruelle , Il ne seroit point parti.
ELEGIE
XLnfin je vais revoir ce cabinet tranquille Où l'Amour et les arts ont choisi leur asile ; Je verrai ce sopha placé sous ce trumeau Qui de mille baisers nous répétoit l'image; J'habiterai l'alcove où je rendis hommage A la beauté sans voile, à l'Amour sans bandeau. Là, Philis se livroit au bonheur d'être aimée ; Là, lorsque de nos sens l'ivresse étoit calmée, Attendant sans langueur le retour des désirs.
FUGITIVES. 28g
\ ii amour délicat varioit nos plaisirs.
Nous lisions quelquefois ces vers pleins d'harmonie
Où Tibulle exhala sa flamme et son bonheur :
Je t'adorai , Philis, sous le nom de Délie ;
Dans ces vers emportés tu reconnus mon cœur.
Que ce temps dura peu ! de fleurs à peine écloses
Le gazon de ces prés étoit entrelacé ,
Le printemps s'annoneoit par le retour des roses,
Par le printemps Mars étoit annoncé.
Pour suivre mon devoir dans une route obscure, Il fallut te quitter : quels moments ! quels adieux ! Je crus me séparer de toute la nature. Mais les pleurs des amants ont apaisé les dieux : Louis calme la terre ; il me rend à moi-même. Je ne vends plus mon temps aux querelles des rois ,
Et , tout entier à ce que j'aime ,
Je n'obéis plus qu'à tes lois.
L'un de l'autre enchantés dans ce vallon sauvage, Réunis par nos goûts , conduis-moi tour -à-tour De l'étude aux plaisirs , et des arts à l'amour :
C'est l'ennui qui le rend volage ; En l'occupant nous saurons le fixer ; Nous saurons de nos jours faire le même usage. Je ne sais (pie l'aimer, viens m'apprendre à penser .
Conduis ma jeune muse , et reçois en l'hommage ;
Sois à jamais de mes écrits
Le juge , l'objet , et le prix.
Que mon sort et mes vers n'excitent point l'envie ;
Qu'ils soient dignes de l'exciter.
Oublié désormais d'un monde que j'oublie ,
Te bien peindre, te mériter,
Te caresser , et te chanter ,
Sera tout l'emploi de ma vie.