‹ PoésiesChapitre 8 sur 23 · SUR LA PAIX DE · texte numérisé non relu

SUR LA PAIX DE

Ljas des fatigues de la guerre, Las du commerce des héros , Je prends bien ma part du repos Que Louis accorde à la terre.

Dans la foule de nos guerriers , Soldat obscurément utile .

Je ne partageois les lauriers Ni de Saxe ni de Belle-Isle.

J'essuyois les récits mortels Et les airs tristement capables De nos lieutenants-colonels ; De mille plaisants détestables J'essuyois les fades bons mots , De leurs festins la lourde ivresse.

Et leurs plaisirs sans politesse :

Victime des rois et des sots, Je m'ennuyois pour la patrie.

Mais c'en est fait , Mars en furie Ne tonne plus sur nos remparts; Nous replions nos étendards, Et pour les plaines de Hongrie Louis fait partir ses housards.

Aux dieux des plaisirs et des arts J'offre les instants de ma vie.

Ne crois pas qu'à nos beaux esprits Je veuille disputer la gloire ; Je ne veux vaincre que Pbilis, Et ne chanter que ma victoire*.

SUR THEMIRE.

JliST-cE amitié que je sens pour Théniire? Mais ces désirs sans cesse renaissants, Mille besoins et du cœur et des sens, Sont de l'amour ; la beauté les iuspire. Un mot , un geste , un regard , un sourire , Un rien augmente ou trouble mon bonheur ; Je trouve en tout quelque secret mystère , Quelque rapport à l'état de son cœur; A chaque instant ou je crains ou j'espère, Tout me paroit ou dédain ou faveur.

Ces changements, ce désordre enchanteur, De l'amitié sont-ils le caractère?

Mais cependant quand un rival heureux Pour quelque temps rend ïhémire infidèle , Malgré ses torts, je l'aime encor pour elle, Et, pour la voir, je demeure auprès d'eux. En les voyant, quelquefois je soupire,

FUGITIVES. ?.o3

Et je me dis , Ah ! je l'aimois bien mieux ! Mais aussitôt un regard de Thémire Sèche les pleurs qui coulent de mes yeux. Je me console en cherchant à lui plaire ; Je souffre moins du bonheur d'un rival Que d'un instant d'absence ou de colère : Ne point l'aimer serait le plus grand mal. Je le crains peu. Toujours tendre et fidèle, Je sentirai toujours ce besoin d'elle , Cette amitié que rien ne peut m'ôter, Ce goût si vif que le plaisir enflamme : Ces sentiments sont l'ame de mon ame; Si je les perds , je cesse d'exister.

L hémike est pins sensible à l'amour qu'elle inspire ; Je connois tout le prix du temps ; Je connois le cœur de Thémire,

2i)4 PIÈCES

J'en jouirai quelques instants.

Il faut, sans en perdre un, les passer auprès d'elle, Opposer plus d'amour à sa légèreté ; Et du moins si Thémire est encore infidèle ,

Je ne l'aurai pas mérité.

Page 1