EPITRE A
L)u ciel, Philis, vous eûtes en partage Des yeux très noirs, un très joli visage , Des bras, des mains, un teint, etcœtera. Vous chantez bien, votre voix est charmante; Mais cette voix deviendra plus touchante. Votre esprit plaît; mais votre esprit plaira Bien plus un jour. Je vous vois dans la danse Avec scrupule observer la cadence ; On vous approuve, on ne vous en dit rien. Sur le clavier, quand voire main brillante Joue avec art une pièce savante, On dit , l'hilis, que vous joue/ très bien ; Et voilà tout. Moi, je dis sans mystère Qu'à vos talents vous pouvez ajouter.
Même beaucoup. Ce n'est point là flatter;
2g6 PIECES
Mais je suis \rai. Si quelqu'un peut \ous plaire. Je le sens bien, Philis, j'en gémirai; Mais et: quelqu'un vous sera fort utile; Vous deviendrez tout d'un coup plus habile . Plus belle eneor : je vous en convaincrai. Premièrement, ces yeux dont la prunelle Dans sou repos éclate d'un beau noir.
Ces deux gTands veux qui ne savent que \oir, Auront d'abord une beauté nouvelle ; Ils regardoient; Philis, ils parleront.
En s'animant du feu de la pensée « Tous sentirez , et vos yeux le diront.
Vous ravirez une foule empressée D'amants nouveaux . au son de l'instrument Que votre main , plus légère et plus sûre. Dès cet instant parcourt plus vivement.
Les voyez-vous battre en chœur la mesure . Ou fredonner l'air tendre et gracieux Que vous jouez et qu'expriment vos yeux?
Si vous dansez , ils admirent vos grâces .
Cet air plus vif, cette tète , ces bras ;
La volupté semble tracer vos pas ,
Et mille Amours s'empressent sur vos traces.
Pins d'une belle enraye en ce moment .
Mais n'en dit mot, et vous fait romplinieut.
Quand j'entendrai votre bouche vermeille Chanter le dieu qui régnera sur vous, De votre voix les sons à mon oreille Seront alors plus touchants et plus doux ; Vous me verrez tomber à vos genoux.
Aimez, Philis, et vous serez parfaite ;
Si vous n'aimez, soyez du moins coquette.
J'ai jusqu'ici parlé pour votre bien ;
M'est-il permis de parler pour le mien?
Si vous sortez de l'état insipide
Où votre cœur languit dans ses beaux jours ,
Jeune Philis, souvenez-vous toujours
Que je m'offris à vous servir de guide.
En profitant de mes sages avis,
IN 'oubliez pas qu'ils méritoient un prix.
.le ne viens point demander pour salaire
Un cœur tout neuf qui s'effaroucheroit ;
Je vous ai dit comment vous pourrez plaire ,
Je vais chercher comment on vous plairoit.