RÉPONSE A M. DE LAMARTINE
C'est toi qui , faisant naître en mon Ame ravie Cet espoir de laisser un noble souvenir , Me fais sacrifier, chaque jour de ma vie , Sur les autels de l'avenir.
C'est toi qui fus pour moi cet ange de lumière Qui se laisse tomber du haut du firmament, Et qui sur le palais comme sur la chaumière Se repose indifiFéremment.
Tu t'abattis vers moi : des sphères immortelles lu me vantas l'éclat, les chœurs mystérieux; Et soudain comme toi ie secouai mes ailes.
Et nous partîmes pour les cieux !
Quelle extase mconnue a subjugué mon être!
Quel jour éblouissant mes yeux ont vu paraître!
Et quel concert ai-je entendu !
Dans ces ravissements mon âme s'évapore ; Et je voulais franchir quelques mondes encore
Sans toi je m'y serais perdu !
Mais tu m'as dit : « Voilà l'inflexible barrière ; « Tu vas voir s'éclipser nos songes de lumière.
a Descendons : les ordres divins « Veulent que ce bonheur, ces clartés sans mélange, «Passent rapidement, pour que l'homme de l'ange
«N'envahisse pas les destins.
ê RÉPONSE A AI. DE LAMARTINE.
Attendons que le temps ait achevé sa course , a Que la mort à Tesprit abandonne la source
« De cette pure volupté , «Que des jours éternels Tastre éternel se lève; a Alors, la terre alors ne sera que le rêve ,
a Et le ciel la réalité.»
Et quand tu me rendis aux terrestres domaines , Je sentis s'allumer une fièvre en mes veines
Dont rien n'a pu calmer Tardeur , Si ce n'est une lyre entre mes mains vibrante Et faisant apparaître une image enivrante
De tout ce qu'éprouva mon cœur.
Rayons dont s'inonda mon avide paupière ,
Et comment , replongé dans cette ombre grossière,
Comment ne pas vous exalter?
Ineffables accords des célestes génies, Comment, en retrouvant d'humaines harmonies ,
Comment ne pas vous répéter?
POESIES DE Jr. BEBOVIn.
SiS^^a 3.