‹ Poésies (volume 2)Chapitre 24 sur 72 · AU CHRIST · texte numérisé non relu

AU CHRIST

Ces pensers ont quitté leur ténébreux séjour , Ils volent avec Tair et bruissent au grand jour ; Et tout ce qui se voit , s'entend et se respire Semble pronostiquer la fin de ton empire, Dévouer à Toubli ton autel déserté , Si tu pouvais finir, roi de Téternitô, Pour celui qui les fit si le temps et l'espace Pouvaient un jour manquer de durée et de place ! Et pourtant , je ne sais quelle stupide humeur S'obstine à mesurer tes jours à ce qui meurt , Comme au temps douloureux de ton ignominie.

Où tu te trouvas seul avec ton agonie , Où du haut de la croix tes bras semblaient, ouverts. Vouloir dans ton amour étreindre l'univers.

Christ ! ta passion aujourd'hui recommence Par un accablement plus profond , plus immense ; Plus d'un ^ôtre dort au moment de ton deuil , Et , pour trente deniers que lui solde l'oi^ueil , Plus d'un Judas pactise avec qui te bafoue Et te livre à l'impie en te baisant la joue ; Et, loin qu'un désespoir rompe son cœur d'airain , Il se présente au peuple avec un front serein ! Le mensonge envers toi redouble de vertige , Le sophiste au pilier du savoir te fustige ; Et la dérision , riante, devant toi À plié les genoux et t'a salué roi !

S'effrayant de tes maux , la lâcheté royale , Te voyant recouvert d'une pourpre fatde,

AU cmiST. Il

Le front environné des ronces du chemin ,

Et portant comme un sceptre un roseau dans ta main,

Sous l'arche du prétoire elle te fait paraître ,

Croyant que la pitié te sauvera peut-être ;

Mais le peuple cruel devant toi rassemblé

Une seconde fois s'est écrié : Toile I

Oh ! les Juifs , les auteurs de ces premiers blasphèmes, N'ayant vu qu'un rayon de tes bontés suprêmes Et du monde sauvé n'étant pas les témoins , Étaient moins criminels en te connaissant moins ; Mais nous à qui ton œuvre en plein s'est fait connattre» Esclaves affranchis , nous tuons notre maître ! Et, loin d'en ressentir le plus chétif remords, On a frappé du pied la tombe des dieux morts , Afin que , réveillés , leur fétide poussière Vînt usurper ta place , ô vivante lumière !

Mais de ces dieux tombés les réduits ténébreux Ne nous ont renvoyé qu'un son funèbre et preux Bien plus désespérant que l'absolu silence , Et le trône des cieux est encore en vacance.

Toi seul pour l'occuper apparais assez grand.... Tu montes , au milieu d'un peuple indifférent , Au haut du Golgotha I... Pleurante sur ta trace , Nulle femme ne vient pour t'essuyer la face; Nul Simon, te voyant accablé sous ta croix,

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