A SON AMI
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Ne nous étonnons point des mystères sublimes Où , pour le soutenir sous le poids de nos crimes, La faiblesse de l'Ange assista le Dieu fort ; Où , se cherchant lui-môme et se trouvant infâme », Le bien-aimé du ciel s'écria que son âme Était triste jusqu'à la mort.
Ne nous étonnons point si sa douleur profonde Augmentait en scrutant les annales du monde , Si , du fleuve du mal interrogeant le cours, • Il fut soudain couvert d'une sueur sanglante
1 « Le Seigneur a été fait péché pour nous. (Saint Paul, II, Gorinth., y. Si.)
16 LE GBRIST A GETUSEMAMl
Et détourna les yeux d'une image accablante.... II avait aperçu nos jours.
11 avait aperçu le deuil de son église, La langue des enfers chez les hommes admise , Et la nuit descendue au nom de la clarté , L'assassinat ayant son hymne de victoire , Et la vertu sa honte , et le crime sa gloire Et quelquefois sa sainteté.
11 avait entendu ces sinistres paroles :
« Christ! c'est vainement que pour nous tu t'immoles: « A tes autels usés nul n'ose recourir ; «Nous avons abjuré tes longues impostures ; «r Par toi l'esprit humain a reçu des blessures « Dont il veut enfin se guérir.
«Venez, peuples, au lieu d'imbéciles hommages, « De ce Dieu ridicule abattre les images !
« Le cœur du criminel en est parfois brisé :
«Nous ne voulons rien voir de ce qui nous condamne. « Quand dans son char doré passe la courtisane , «Son œil en est scandahsé.
«Que la main de l'honneur s'y porte la première ! «Soldat, frappe le Dieu qui bénit ta bannière! «Magistrats, bannissez le Dieu de l'équité !
«Captif, brise celui qui, proscrivant ta chaîne ,
LE CHRIST A GETfiSEMAM. 47
« En face des tyrans dont il brava la haine a Le premier a dit : Liberté * ! »
Et le Christ les a vus , dans leur sombre énergie , Bouleverser son temple et sa sainte effigie , Et dans des lieux souillés de débauche et de vin Traîner en un banquet la croix, dont ils se jouent Comme d'un convié que les autres bafouent Afin d'égayer le festin*.
Mais , voyant s'approcher l'heure du sacrifice , Le fils de l'homme a dit : « Je boirai le calice , « Et de ces attentats j'accepte encor le faix, a Je vais m'acheminer au sommet du Calvaire, a Et mon sang en tombant inscrira sur la terre a Des pardons pour tous les forfaits. »
Et nous, fils de son culte , imitons son exemple ! Sur le profanateur de la croix et du temple Gémissons : un remords peut le rendre au Seigneur. Sous notre aflliction que toute haine expire ! C'est le temps de pleurer et non pas de maudire : Le ciel même est dans la douleur !
\ <f Où est resprit du Seigneur, là est aussi la liberté. » (Saint Paul, épttre aux Corinthiens.) s A Reims, la croix fut traînée dans un cabaret.