‹ Poésies (volume 2)Chapitre 29 sur 72 · A M. SIGALON · texte numérisé non relu

A M. SIGALON

Ah ! loin d'humilier la veuve en sa cellule

Par rignoble dédain du sourire incrédule,

Des lèvres de Ferney plagiat odieux,

Qu'un saint enthousiasme en ses murs t'accompagne ;

Souviens-toi que la foi transporte la montagne ;

Ton pinceau sera grand si ton cœur est pieux.

L'esprit de Michel-Ange , en ses rêves sublimes , Avait avec le Christ des entretiens intimes ; Des encensoirs du ciel il respirait l'encens ; Sion lui dévoilait ses mystiques annales , Et son œil contemplait ces beautés virginales Qui ravissent le cœur sans effleurer les sens ,

Et les fronts recueillis des quatre grands prophètes Qui sentaient l'avenir s'agiter dans leurs têtes ; Moïse palpitant des divines faveurs , Celui qui vient de voir Jéhovah face à face ; La nue autour de lui tonne encor la menace , Et les éclairs pressés y croisent leurs lueurs ;

Et les martyrs portant des palmes immortelles , Le chérubin qui flotte en se croisant les ailes Dans les brillants lointains des séjours fortunés» Et les cercles sans On des myriades d'anges , Et l'enfer et sa nuit et ses flammes étranges Où , comme des boas , se tordent les damnés.

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Car son regard croyant évoqua la présence Du jour du châtiment et de la récompense :

Le Sauveur devient juge et le remords est vain ; £t des sons eOrayants dans Tair se font entendre; Et les morts, étonnés du réveil de leur cendre , Montent comme aspirés par un souffle divin.

Et comme un tigre ardent, dans sa sanglante joie. Rugit entre ses dents,qui cramponnent sa proie , En voyant arriver ses nouveaux habitants , Innombrables moissons que prépara le crime , Du rire des démons s'épanouit Tablme....

L'éternité reçoit les derniers flots du temps.

Oh! si ces grands aspects par toi doivent revivre, Aux mamelles du ciel il faut que tu t'enivre. Tu t'es souvent moqué des risibles efforts De ceux qui, dans la foi tuant la poésie , Voulaient qu'elle se tînt debout comme la vie Quand leur scalpel avait travaillé sur son corps...

Mais peut-être il est temps de m'imposer silence : L'instant de ton départ inflexible s'avance.

Oh ! rien ne bornerait la causeuse amitié Qui veut faire passer son âme en ses paroles... J'entends au haut du mât frémir les banderoles, Et de Tanneau du port le câble est délié ;

5f A M. SIGALON.

Et le zéphyr plus vif dans ta voile se joue , Et les baisers d'adieu se pressent sur ta joue. . . Porte aux flots inconstants un généreux défi ; Demeure indifférent sur le calme et Forage :

Tout , jusqu'à la tempête, entre dans ton voyage. Tu sais comment Yernet la mettait à profit *.

I Vernet peignit une tempête , attaché à la proue d'un vaisseau

A UN BXMSàB,

— 29 septembre 485S.^

Ub grand destin commence, un grand destin •'•chèTt.

GonNiiuf

Ta jeune royauté prend la robe virile ; Et le temps qui viendra ne sera pas stérile.

L'enfant d'hier, fait homme, aujourd'hui peut oser, Et faire devant Dieu promesse solennelle De commencer pour nous une veille étemelle.

Le chef d'un grand empire est une sentinelle Que la mort seulement doit faire reposer.

Car le trône n'«st plus, sur la terre française. Une couche où l'on peut mieux dormir à son aise , Où l'homme le plus fort trop souvent s'amollit.

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