UN DUEL
Quand pour uu histrion sor la scèoe interdit , Qu*une cabale siffle et qu'une autre applaudit,
La Discorde au collet saisit deux de nos braves, Comme les flots des mers par degrés furieux, Un mot piquant succède au mot injurieux.
«Jusques au dernier sang, disent-ils, point de grâce! Il faut que l'un des deux périsse sur la place ! Partons! * On part, on vole, on est sur le terram ; Les habits sont à terre et les glaives en main.
On les croise  l'aspect des pointes meurtrières.
Sur leurs fronts pâlissants se dressent leurs crinières.
Eûvironûés d'amis» ils ne s'attendaient point Qu'on laissât arriver la querelle à ce point. D'un œil impatient regardant en arrière, Us maudissent, trop tard, leur audace première; Quelques moments encor, et l'on verrait à m De la peau du lion le baudet revêtu.
Mais l'un des assistants, grand chercbeur de lippôes , Gravement se présente entre les deux épées :
« De ce combat, ditril, interrompez le cours; La bravoure est, bêlas ! si rare de nos jours ! Gonserve^vous, amis, afin que nos bommages En retrouvent en vous deux vivantes images.
Vous avez acquitté ce qu'exigeait l'bonneur ; Votre coeur s'est montré dans toute sa grandeur. S'il ne pouvait pourtant vaincre toute sa baine, Je vous proposerais une plus douce arène :
Accourons cbez Durand (1), et que cbacun de vous Sur un dindon truffé décbarge son courroux^ Là, dans tous les défis, l'arme est uno^ Le rival un ami, le combat une fête.
Et la palme à gagner est à celui des deux Qui, pendant le festin, boit et mange le mieux. Je donne un bon conseil , c'est à vous d'y souscrire, » Gomme un noyé s'attacbe aux débris d'un navire, Gbacun des cbampions, déposant sa frayeur, Accueille avidement l'avis libérateur.
Et, dans l'émotion dont son àme est ravie, Semble tout étonné de se trouver en vie.
(I) Célèbre traiteur de Nîmes.