‹ Poésies (volume 2)Chapitre 60 sur 72 · PUMES · texte numérisé non relu

PUMES

Mais la Rome païenne ici vit tout entière ; Ici son aigle au vol dispensateur des fers A laissé plus avant l'empreinte de sa serre Qu'en aucun lieu de l'univers.

Tu verras des palais, des cirques et des temples. Jusque dans la poussière un noble souvenir, Et le passé partout étalant des exemples A terrifier l'avenir.

Là les fronts abaissés des portes triomphales Aux sommités du jour promettant môme sort ; Ici des dieux mêlés aux urnes sépulcrales.

Tristes alliés de la mort ;

L'arène où s'égorgeaient le Gaulois et le Thraoe, Contents d'être applaudis avant que de mourir. Devant ce peuple-roi qui voulait qu'avec grâce On rendît le dernier soupir ;

Les gradins qu'inondait la robe orientale Des chevaliers couverts de suaves parfums, Et qui venaient, mêlés à la beauté vénale.

Charmer leurs ennuis importuns ,

Brillants efléminés qu'on ne pouvait distraire, Tant l'abus du plaisir avait blasé leur cœur,

Que par l'émotion d'un drame sanguinaire Où la mort seule était acteur ;

Et puis la basilique à la frise élégante, Semblable au dieu bruni des feux de Fencensoir ; Des chapiteaux à jour dont les feuilles d'acanthe Semblent trembler au vent du soîr ;

Et le temple croulant de la triple déesse Dans un bosquet riant étalant ses douleurs, Et qui s'offre ôouyert d'une ombre enchanteresse, Gomme un front ridé sous des fleurs ;

Ruines où, le soir, vient rêver le poëte, Débris qui sert d'asile à de moindres débris ' , Comme un prince exilé donne encor la retraite A de misérable^ proscrits.

Diane, poursuivant son nocturne voyage , Semble y chercher encor, d'un rayon désolé, Sur son autel fendu par le figuier sauvage Un encens qui s'est envolé.

Et la tour qui s'élance aux célestes campagnes. Dont le hardi somoiet est voisin des éclairs ,

I Uenceinte du temple de Diane est une espèce de musée où Ton a rassemblé des torses de statues, des tronçons de colonnes, des fragments de chapiteaux, etc.

Page 1