‹ Poésies (volume 2)Chapitre 61 sur 72 · IM MIMES · texte numérisé non relu

IM MIMES

L'aqueduc qui nivelle et qui joint deux montagnes Et porte Tonde dans les airs ;

Et, près de ses débris que le temps fait dissoudre , La nouvelle cité brillante de splendeur, Comme à côté d'un tronc consumé par la foudre Un rejeton plein de verdeur.

Dans le quartier brillant que peuple le dimanche

Le théâtre étalant sa colonnade blanche ;

Ç'opulents ateliers, de larges boulevards

Où sans peme de front pourraient voler vingt chars;

De vastes hôpitaux où le secours abonde ,

Où le ciel a mis l'ange au service du monde,

Où, de l'isolement adoucissant l'horreur,

L'orpheUn dit encore ou ma mère ou ma sœur;

Des ondes circulant eç un jardin splendide,

Enfant miraculeux de la verge d'Armide ;

Des balustres d'albâtre entourant des bassins ,

Un parterre en volute égarant ses dessins,

Et des hauts marronniers aux branches colossales

Où, parmi les bouquets de fleurs pyramidales,

Du rossignol craintif le chant est exhalé

Comme l'encens d'un vase à nos regards voilé

Le marbre, découpé par une main savante.

Se dresse en dëité, se déroule en acanthe.

NIMES. ISS

En vase s'arrondit, s'assouplit en roseaux Qu'affaissent des Tritons, divinités des eaux, Et Diane, et Vénus, et Pan et le Satyre , Tous ces dieux dont les noms ont fatigué la lyre , Et dont le ciel brillant à la fin a pâli Sous les tristes vapeurs que soulève l'oubli ; Pléiade que la muse a cessé de conduire , La muse, qui disait anathème au martyre , Qui sur un lit de fleurs endormait le remord Et mettait un sourire aux lèvres de la mort , Et dont les doigts, brillants de rose et de lumière, Prodiguaient vie et grâce à l'informe matière.

Et puis nous irons voir (car décadence et deuil Viennent toujours après la puissance et l'orgueil) , Nous irons voir, au bord d'une eau stationnaire, Aigue-Morte aux vingt tours, la cité poitrinaire Qui meurt comme un hibou dans le creux de son nid, Comme dans son armure un chevalier jauni , Comme au soleil d'été, qu'il croit être propice, Un mendiant fiévreux dans la cour d'un hospice ; Et puis son port bordé de huttes de roseaux, Où viennent s'amarrer quelques rares vaisseaux , Où le triste pêcheur que le besoin harcèle Rapièce d'un vieux bois quelque vieille nacelle. Et cependant ces lieux de misère haletants

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