‹ Poésies (volume 2)Chapitre 62 sur 72 · NIQUES · texte numérisé non relu

NIQUES

Comptent des anneaux d'or dans la chaîne des temps: Ces murs, encore intacts dans leur vieille attitude. Dont le triste gazon verdit la solitude , Étaient de TOrient l'opulent magasin !

Et voyaient affluer le turban sarrasin ; Un pèlerin royal , dans ses saintes colères , Voila deux fois ces mers de ses mille galères Alors que, plein d'ardeur dans ses pieux desseins , Il voulait du Croissant nettoyer les lieux saints ; De hauts barons, couverts de leurs cottes de mailles Dont Venise avait joint et poli les écailles . Faisaient flotter ici sur leur casque luisant La plume de l'autruche ou celle du faisan , Et surtout la bannière aux annales célèbres Qu'exhumait Saint-Denis du fond de ses ténèbres Lorsque la France, ayant un danger à courir.

Commandait à ses fils de vaincre ou de mourir ; Deux peuples dans leurs rois ici se rencontrèrent , Et, longtemps ennemis, sur le front se baisèrent ; L'or, la pourpre, l'azur se drapaient pour des jeux , Et luttaient de splendeur avec un ciel pompeux ; Les airs portaient au loin la fanfare guerrière , Les chevaux des tournois soulevaient la poussière , Et les dames, du haut des balcons élégants , Sur le front du vainqueur faisaient voler leurs gants. Et voilà que tout dort, et que de tant de fêtes Il ne nous reste plus que ces plages muettes , Que l'oiseau qui se plaint dans ses marais taris

Page 1