A LA 1ER
«• Septembre 18S0. —
L'esprit de poésie, 6 mer , te rend hommage Quand la lune en ton sein réfléchit son image Et sourit de s'y voir, comme un enfant charmé Qui se mire au pavois d'un géant désarmé ; Quand cet astre revêt d'une teinte argentine Le triangle renflé de la voile latine Qui file au loin, semblable à l'aile d'un oiseau Dont le reste du corps serait caché dans l'eau ; Quand, pour s'harmoniser aux soupirs de tes vagues, H survient de ces bruits inattendus et vagues ; Quand le vent pousse au bord les lointaines rumeurs Qu'il dérobe en passant à la voix des rameurs Alors que, recourbés et relevés ensemble.
A LA MER. iS7
A la lueur du soir qui s'enfuit et qui tremble , Sur ton miroir mouvant, pour charmer leur ennui , Us livrent leurs chansons aux brises de la nuit ; Lorsque, sans murmurer s'abaissant au rivage , Le flot humilié reconnaît son servage , Et semble se traîner sur ton sable riant Comme un esclave aux pieds d'un roi de TOrient; Quand d'un profond sommeil dort ton onde aplatie , Ainsi qu'un peuple heureux en sa douce apathie, Qui ne s'expose point à de grands désarrois Et laisse prolonger le règne de ses rois ;
Mais surtout quand le vent du midi sur la plage ,
D'un sinistre frisson agitant le feuillage.
Fait hâter le retour du pécheur dans le port
Et chercher aux oiseaux les retraites du bord ;
Lorsque de l'horizon des nuages livides ,
Que sillonne l'éclair de ses lueurs rapides.
Montent, et dans les airs pendent en noirs lambeaux
Ou traversent le ciel comme de grands corbeaux ;
Quand de la foudre au loin le murmure sublime
Et des eaux et des cieux émeut le double abîme;
Quand tout bruit, tout aspect indiquent l'ouragan ,
Que chacun de tes tlots devient plus arrogant
Et d'instant en instant augmente son écume
Comme un ardent coursier dont le courroux s'allume ,