‹ Poésies (volume 2)Chapitre 65 sur 72 · A LA MER · texte numérisé non relu

A LA MER

Impatient d'offrir son poitrail effaré

Aux dards étincelants du bataillon carré ;

Lorsque sur tous les points la tempête est maîtresse ,

Qu'un vaisseau tire au loin le canon de détresse :

Les mâts comme un roseau sont penchés parles vents,

La voilure n'est plus que des lambeaux mouvants ,

Sa carène s'épuise eu efforts inutiles ;

Comme Laocoon sous les nœuds des reptiles ,

La lame tortueuse en son vaste repli

Semble à moitié déjà l'avoir enseveli ;

Mais bientôt, l'exhumant de sa fosse écumante

Et le faisant encor dominer la tourmente ,

Elle laisse tomber et brise sur l'écueil

Celui que tu portais naguère avec orgueil ,

Dont les ailes aux vents et les flancs dans les ondes

Dévoraient la distance et rapprochaient les mondes ;

L'abîme, qui se creuse en immenses labours.

Disperse ses débris. Ainsi de ses faubourgs ,

A la voix d'un tribun, la foule déloyale ,

Sort et vient assaillir la demeure royale ,

Déborde dans les cours, inonde les jardins ,

Du trône fracassé submerge les gradins ,

Et retourne en faisant flotter sur ses épaules

Du suprême pouvoir les malheureux symboles :

Des lambeaux de velours, des diadèmes d'or

Que, prosterné, la veille, on adorait encor.

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-» Septembre 1838. —

Ces terribles combats des sens et de Tespnt

Où , tour à tour vainqueur, chacun d'eux dépérit.

Mon Dieu ! jusques à quand dureront-ils encore ?

Pourquoi ne pas hâter notre dernière aurore?

Si rhomme alors reprend toute son unité

Et dans ta volonté trouve sa volonté,

Cette paix quUci-bas rien ne pouvait lui rendre,

Objet de cet ennui qu'il ne pouvait comprendre,

Qui faisait que son front séchait toutes les fleurs

Kt que sa joie aussi s'exprimait par des pleurs ,

Vienne, vienne bientôt le jour, l'instant prospère

Où de Tâme et du corps le divorce s'opère !

Car la vie est la mer où le flot bat le flot ;

C'est un char enrayé d'un bois de javelot ,

Attelé par devant , attelé par derrière.

Et qui doit cepend^t parcourir la carrière ;

IM i'£SPRlT ET LES SEKS.

C*est le plaisir toujours compagnon du remord , C'est un homme vivant qu'on lie avec un mort , Et qui doivent ainsi vivre et pourrir ensemble Jusques àce qu'usant le nœud qui les rassemble Et retournant tous deux à leur propre élément , L'un rentre dans la vie et l'autre au monument. Et tu nous vois pourtant pleurer sur quelques heures Qu'il nous reste à passer en ces tristes demeures, Tant notre esprit, esclave en son obscurité, Ressemble au vieux captif qu'on met en liberté. A force d'habiter l'onde fétide et noire.

Des splendeurs du soleil il n'a plus la mémoire ; Sa prison exiguë est un monde à ses yeux , Dont il pouvait toucher l'horizon et les cieux ; 11 ne peut concevoir que des mains inhumaines Le fassent tant souffrir pour dériver ses chaînes ; ]1 craint d'abandonner sa couche de sapin ; Il emporte avec lui le reste de son pain ; De stupides regrets humectent sa paupière, Jusques à ce qu'enfin, l'inondant de lumière, Le ciel à son regard déroule son azur Et fasse en sa poitrine entrer un air plus pur. Alors il baise avec d'ineffables délices La main qui vient de mettre un terme à ses supplices. Sa lèvre est tout éloge et son cœur tout amour Pour le mortel qui vient de l'enfanter au jour. Ah ! quand je sonderai , dans l'ombre et le silence, Des routes de la mort la profondeur immense,

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