‹ Poésies (volume 3)Chapitre 15 sur 68 · SOU PI K · texte numérisé non relu

SOU PI K

Tout soleil naît , s'élève et tombe ; Tout trône est artiûeiel ,

La plus haute gloire succombe ;

Tout s'épanouit pour la tombe,

Et rien n’est brillant que le ciel.

Navigateur d'un jour d'orage , Jouet des vagues , le mortel , Repoussé de chaque rivage ,

Ne voit qu'écueil sur son passage , Et rien n'est calme que le ciel.

Consolation sur r©ublt.

— Septembre 1833. —

CONSOLATION SUR L’OUBLI

Goutte à goutte long-temps dans ma coupe moleste .fai recueilli des fleurs l'humidité céleste ;

Si la main de l'oubli me la renverse , alors Que je l’aurai remplie à couler par les bords ,

Le ciel me donnera de contempler sans peine Mes odorans travaux répandus sur l'arène ,

Et le jour accablant de chaleur et d'ennui , Dévorant ces parfums enlevés a la nuit.

Avant que de ma vie apparaisse le terme ,

Que je puisse épancher l'hymne que je renferme !

52 CONSOLATION SUR L’OUBLI

Inviter toute lèvre 'a goûter de ce miel Qui donne sur la terre un avant-goût du ciel !

Et je mourrai content , et sûr de récompense ,

Ainsi que ces bienfaits offerts a l’indigence ,

D’où l'ombre se rapproche et le bruit se tient loin , Et qui n'ont ici-bas que Dieu seul pour témoin.

Le rossignol caché sous la feuilléc épaisse ,

Avant de dérouler sa voix enchanteresse , S'informe-t-il s'il est dans le lointain des champs Quelque oreille attentive 'a recueillir ses chants ? Non , il jette au désert , à la nuit , au silence ,

Tout ce qu'il a reçu de suave cadence.

Si la nuit , le désert, le silence sont sourds,

Celui qui l'a créé, l'écoutera toujours.

Toute fleur ne naît pas, brillante sur nos rives , Pour le sein des amours ou le front des convives , Pour tomber sous les doigts d'un jeune Eliacin ,

Et parer de festons les voûtes du lieu saint.

Ah î loin d'en être ainsi , le sort du plus grand nombre Est de naître , briller , et se flétrir dans l’ombre ,

CONSOLATION SCR L’OUBLI

De laisser voltiger leur dépouille en commun , D'abandonner au vent une hymne de parfum ,

Sure de s'exhaler vers la suprême essence

Que proclament les cieux et que la terre encence !

Combien de diamans , dans la terre enfouis ,

Ne brilleront jamais aux regards éblouis !

Que de jeunes beautés , ravissantes colombes ,

Sans passer par l'hymen descendront dans leurs tombes ! Que de germes éclos aux rayons du soleil ,

A peine réveillés , rentrent dans le sommeil !

La mort , de tant de morts nullement assouvie ,

Veille comme un dragon aux portes de la vie ;

La moitié des destins s'accomplit seulement ,

Et tout n'est ici-bas qu'un grand avortement.

Oh ! qui justifiera cette injustice immense !...

Mais la terre n'a point toute notre existence.

Ne nous abattons point , si mon luth inspiré

Des hommes pour toujours doit rester ignoré ;

Si l'indignation en surprend ta pensée ,

Oh ! ce sera , mon ame , une plainte insensée ,

CONSOLATION SUR L’OUBLI

Un moment écoulé dans l'oubli du Seigneur ,

Qui ; comme un ventdemort, nous passe sur le cœur.

La lyre ne doit pas te rendre infortunée ;

Remercions le ciel de nous l avoir donnée ;

Il est quelque plaisir qu elle nous fait goûter ,

Et tu t'épanouis en t écoutant chanter !

Et mon front soucieux éclaircit scs nuages ,

Comme au sonde l'airain avortent les orages.

Les ombres de l'oubli préservent de l'orgueil ,

Et la célébrité n’est qu'un plus grand écueil.

Un grand nom coûte cher dans les temps ou nous sommes Il faut rompre avec Dieu pour captiver les hommes.

La gloire , trop souvent , apparaît sur un front , Comme germe le doute au cœur qui se corrompt ; Comme l'on voit sortir des moissons plus fécondes D'un terrain humecté par des vagues immondes:.

Que d’esprits, transportés sur la cime du mont ,

N'ont pas pu résister aux pompes du démon ,

Et, pour s'approprier des royaumes célèbres ,

Ont adoré les pieds de lange des tén* b res !

CONSOLATION SUR L’OUBLI

De mon astre soumis loin des destins pareils !

Hélas ! mes yeux ont vu tomber tant de soleils !

Si je venais jamais h franchir la limite, Ramène-moi , mon Dieu , dans la borne prescrite ; Car l’esprit une fois échappé de ta main Se fatigue a bondir et ne fait nul chemin.

Ce ®roubaï>oui- îi’Oeeitanie.

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