‹ Poésies (volume 3)Chapitre 26 sur 68 · LE CHRIST A · texte numérisé non relu

LE CHRIST A

Ne nous étonnons point des mystères sublimes Où , pour le soutenir sous le poids de nos crimes > La faiblesse de l’Ange assista le Dieu fort ;

Où , se cherchant lui-même et se trouvant infâme L Le bien-aimé du ciel s’écria que son ame Était triste jusqu’à la mort.

1. « Le Seigneur a été fait péché pour nous. » ( Saint Paul , Il , Gorinth., v. 21.)

100 LE CHRIST A GETHSEMAM.

Ne nous étonnons point si sa douleur profonde Augmentait en scrutant les annales du monde ;

Si , du fleuve du mal interrogeant le cours ,

Il fut soudain couvert d’une sueur sanglante ,

Et détourna les yeux d’une image accablante...

Il avait aperçu nos jours.

11 avait aperçu le deuil de son église ,

La langue des enfers chez les hommes admise ,

Et la nuit descendue au nom de la clarté,;

L’assassinat ayant son hymne de victoire ,

Et la vertu sa honte , et le crime sa gloire Et quelquefois sa sainteté !

11 avait entendu ces sinistres paroles :

« Oh! Christ! c’est vainementque pour nous tu t’immoles; « A tes autels usés nul n’ose recourir ;

« Nous avons abjuré tes longues impostures :

« Par toi l’esprit humain a reçu des blessures <( Dont il veut enfin se guérir.

LE CHRIST A GETHSEMAM.

« Venez , peuples , au lieu d’imbéciles hommages ,

« De ce Dieu ridicule abattre les images ;

« Le cœur du criminel en est parfois brisé ;

« Nous ne voulons rien voir de ce qui nous condamne : « Quand dans sou char doré passe la courtisane ,

« Son œil en est scandalisé.

« Que la main de l’honneur s’y porte la première !

« Soldat , frappe le Dieu qui bénit ta bannière !

« Magistrats , bannissez le Dieu de l’équité ;

« Captif, brise celui qui , proscrivant ta chaîne ,

« En face des tyrans dont il brava la haine « Le premier a dit : Liberté 1 ! »

Et le Christ les a vus , dans leur sombre énergie , Bouleverser son temple et sa sainte efligie ,

Et dans des lieux souillés de débauche et de vin

1. « Où est l’esprit du Seigneur, là est aussi la liberté.» ( Saint Paul, epitre aux CorintUiens.)

102 LE CHRIST A GETHSEMAM.

Traîner en un banquet la croix dont ils se jouent , Comme d’un convié que les autres bafouent,

Afin d’égayer le festin L

Mais voyant s’approcher l’heure du sacrifice ,

Le Fils de l’homme a dit : « Je boirai le calice ,

« Et de ces attentats j’accepte encor le faix !

« Je vais m'acheminer au sommet du Calvaire ,

« Et mon sang en tombant inscrira sur la terre « Des pardons pour tous les forfaits. »

Et nous , fils de son culte , imitons son exemple ! Sur le profanateur de la croix et du temple Gémissons ; un remords peut le rendre au Seigneur. Sous notre affliction que toute haine expire !

C’est le temps de pleurer et non pas de maudire :

Le ciel meme est dans la douleur !

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