‹ Poésies (volume 3)Chapitre 27 sur 68 · iH. Uttjalon · texte numérisé non relu

iH. Uttjalon

— Juin 1833. —

A M, SIGALON

« Quand on aspire à l'immortalité, c’est une grande avance que d’èlre chrétien. >»

{ Chateaubriand , sur les voyages de N. de Forbin au Levant.)

Et tu vas te livrer a la vague marine Fière encor du sillon qu’y laissa Lamartine ,

De l’art religieux sublime pèlerin !

Tu vas voir cette Rome aux illustres poussières , Qui rouvre dans la mort de divines paupières , Et dont le cercueil meme est encor souverain !

*»K A M. SI (JALON

Si son aigle n'a plus la terrible prunelle.

Dont 1 éclat foudroyant , l'homicide étincelle ,

Aux peuples effrayes faisait baisser les yeux :

A tous ceux dont le cœur est vide d’espérance ,

Elle offre pour abri ses deux ailes immenses , ,

Comme son panthéon s’ouvrait k tous les dieax» 1

Toute grandeur déchue habite ses ruines :

Le siège de celui qu’on couronna d épines Doit être en harmonie au front déeouronné; dieu n’y saurait blesser une altière disgrâce : j

La tombe des héros est la plus noble place Où peut venir s’asseoir un grand infortuné.

Quand la raison humaine erre en sa route sombre- » Aveugle qui tâtonne et cherche en vain dans l’ombre Du bout de son bâton le mur qui la conduit ;

Quand ténèbres et vide habitent seuls l’espace ;

Quand le doute épuisé tombe et reste h la place Où l’avaient amené le hasard et la nuit ;

A M. SIGALON

Oh ! Rome encor n’a point fini ses destinées : hile repeuplera ses nefs abandonnées, ht les esprits verront son fanal rebriller ;

Ils se retrouveront a sa lueur amie ; ht pour se reposer de leur" longue insomnie , ils redemanderont son divin oreiller.

Salut en abordant à se sacré rivage !

A cette autre patrie il te faut rendre hommage , Sigalon ! Le Nîmois est a demi romain :

Sa ville fut aussi la ville aux sept collines ;

Un beau soleil y luit sur de grandes ruines , ht l’un de ses enfans se nommait Antonin.

Ah ! loin d’humilier la veuve en sa cellule ,

De l'ignoble dédain du sourire incrédule ,

Des lèvres de Ferney plagiat odieux ,

Qu’un saint enthousiasme en ses murs t’accom pagne Souviens-toi que la foi transporte la montagne ; Ton pinceau sera grand , si ton cœur est pieux.

A M. SiGACON.

L’esprit de Michel-Ange , en ses rêves sublimes 7 Avait avec le Christ (les entretiens intimes ;

Des encensoirs du ciel il respirait l'encens ;

Sion lui dévoilait ses mystiques annales ,

Et son œil contemplait ces beautés virginales Qui ravissent le cœur sans effleurer les sens.

Et les fronts recueillis des quatre grands prophètes Qui sentaient l’avenir s'agiter dans leurs têtes 7 Moïse palpitant des divines faveurs :

Celui qui vient de voir Jéhovah face à face :

La nue autour de lui tonne encor la menace ,

Et les éclairs pressés y croisent leurs lueurs;

Et les martyrs portant des palmes immortelles;

Le chérubin qui flotte en se croisant les ailes Dans les brillans lointains des séjours fortunés ;

Et les cercles sans fin des myriades d’anges ;

Et l'enfer et sa nuit et ses flammes étranges ,

Où , comme des boas, se tordent les damnés.

A M. SIGALON

Car son regard croyant évoqua la présence Du jour du châtiment et de la récompense :

Le Sauveur devient juge et le remords est vain ; Et des sons effrayansdans l’air se font entendre ; Et les morts , étonnés du réveil de leur cendre , Montent comme aspirés pas un souffle divin.

Et ; comme un tigre ardent dans sa sanglante jo Rugit entre ses dents qui cramponnent sa proie , En voyant arriver ses nouveaux habitans , Innombrables moissons que -prépara le crime ,

Du rire des démons s’épanouit l'abîme .

L'éternité reçoit les derniers flots du temps.

Oh ! si ces grands aspects par toi doivent revivre Aux mamelles du ciel il faut que tu t’enivre :

Tu t’es souvent moqué des risibles efforts De ceux qui, dans la foi , tuant la poésie, Voulaient qu’elle se tînt debout comme la vie , Quand leur scalpel avait travaillé sur son corps!.

4e ÉDITION.

A M. SIGALON

Mais peut-être il est temps de m'imposer silence L’instant de ton départ inflexible s’avance;

Oh ! rien ne bornerait la causeuse amitié Qui veut faire passer son ame en ses paroles.... J’entends au haut du mât frémir les banderolles; Et de 1 anneau du port le câble est délié.

Et le zéphyr plus vif dans ta voile se joue;

Et les baisers d'adieu se pressent sur ta joue .

Porte aux flots inconstans un généreux défi ; Demeure indifférent sur le calme et l’orage :

Tout , jusqu’à la tempête, entre dans ton voyage Tu sais comment Vernet la mettait a profit *.

1. Vernet peignit une tempête, attaché à la proue d'un vaisseau.

21 un €*ïlc.

— 29 Septembre i833. —

Un grand destin commence, un grand destin s'achève.

Corneille.

. JB

A m EXILÉ.

Ta jeune royauté prend la robe virile ;

Et le temps qui viendra ne sera pas stérile.

L’enfant d’hier, fait homme, aujourd’hui peut oser. Et faire devant Dieu promesse solennelle De commencer pour nous une veille éternelle :

Le chef d'un grand empire est une sentinelle Que la mort seulement doit faire reposer.

A UN EXILÉ

Car le trône n’est plus sur la terre française Une couche ou l’on peut mieux dormir a son aise ; Où lThomme le plus fort trop souvent s'amollit.

Si le ciel veut qu’un jour ton sceptre nous régisse , Le premier enseignant l’esprit de sacrifice ,

11 te faudra debout dispenser la justice ,

Le prétoire royal ne peut plus être un lit.

11 te faudra surtout , par tes propres mérites , Refaire un Saint des Saints aux majestés proscrites : Leur voile profané n’est plus qu’un vil lambeau , Sur le velours royal le mendiant se rue ,

La couronne est traînée au ruisseau de la rue ,

Et la dérision a la fete accourue Endosse de cent rois le glorieux manteau !

Tu viendras , pour la voir dans l'honneur retrempée, De la nuit du fourreau délivrer notre épée Qui n’en sort qu'a la voix d’un lord de la cité :

Nos tu rca rets , couverts de pourpre et de dorures ,

A UN EXILÉ

Au limon de l'état portent leurs mains impures ,

Et la France sous eux a subi tant d’injures Qu'a son front glorieux le rouge en est monté.

Que par toi, s’embrassant d’une sincère étreinte, L’autorité rigide et la liberté sainte Aillent comme deux sœurs en se donuaut la main. Du Saül populaire apaisant les vertiges,

Si tu veux au pouvoir rendre tous scs prestiges ,

11 te faudra marcher de prodige en prodiges Et ne jamais faillir dans ce brillant chemin.

Quelque chose de grand se couve dans le monde ,

11 faut, ô ! jeune roi , que ton ame y réponde ;

Les temps sont en travail pour des jours plus heureux. Le siècle est dévoré d’incurables ulcères ,

Tu n’épouseras point ses honteuses misères ,

Et de tous ses tombeaux recueillant les poussières , Tu n’en bâtiras pas un palais ténébreux.

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