‹ Poésies (volume 3)Chapitre 35 sur 68 · SOUVENIRS D’ENFANCE · texte numérisé non relu

SOUVENIRS D’ENFANCE

Mais d’où vient que ces temps que j’évoque aujourd'hui Pour pouvoir arracher mon ame à son ennui ,

La ramènent encore a sa tristesse amère !

Hélas ! c’est que bientôt je vis pleurer ma mère !

Mon père s’en alla par ce mal triste et lent Qui fait voir chaque jour le soleil moins brillant ,

Qui fait passer des nuits aux longues insomnies ,

Qui , pour un seul trépas donnant vingt agonies ,

Enlève fil a fil la trame de nos jours , -

Où l'art ne peut donner que d’irapuissans secours.

Que de fois , loin du lit où gisait sa souffrance ,

Ma mère avec des yeux qui cherchaient l'espérance ,

A dit au médecin qui nous donnait ses soins :

Ne le trouvez-vous pas mieux qu’hier ?— Beaucoup moins. Et ses yeux se mouillaient de larmes , et les miennes Se mettaient à couler voyant couler les siennes !

Puis elle me disait : Pourquoi gémir ainsi ?

Enfant , de jour en jour tu deviens pâle aussi.

Bientôt dans la maison nous aurons deux malades ;

Va te distraire avec tes jeunes camarades.

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