‹ Poésies (volume 3)Chapitre 44 sur 68 · VJ · texte numérisé non relu

VJ

Le rameau de laurier trempé dans l’eau bénite ,

Que la famille en pleurs aspergea sur ton corps , Lorsqu’on l’eut revêtu de l’habit carmélite ,

Et qu’on eut récité les prières des morts.

Et quand je dors , pourtant , pendant la nuit livide , Une main démon lit agitant les rideaux Fait sur mon front brûlant passer un souffle humide , Gomme celui qui sort des voûtes des tombeaux.

Et j’aperçois errer , dans mon alcôve obscure ;

Un bras qui porte un cierge à la pale lueur ;

Et je ne sais quel sombre et funèbre murmure Me couvre tout a coup d’une froide sueur.

Et je te vois pleurer , et ta tête s’incline ,

Et laisse sur mon sein abattre ses cheveux ;

Et leurs tristes flocons oppressent ma poitrine :

Oh ! quand tu viens aimi ; dis-moi ce que tu veux !

APPARITION

Et lu verras soudain ta volonté suivie ,

Je ne veux envers toi ressentir nul remord Hélas 1 je suis assez accablé de la vie , Sans y venir mêler les peines de la mort.

Oh ! de ces visions, vérités ou mensonges ,

Daigne, daigne, mon Dieu , délivrer mon sommeil Dais passer radieux tes anges dans mes songes ,

Et calme mon esprit sous leur groupe vermeil.

ôoum’iiii' îi’un 6oir.

SOUVENIR D'UN SOIR

Ainsi qu’une bergère au regard gracieux ,

La lune , surveillant de sa lueur candide Les scintillans troupeaux des campagnes des deux ; Tempérait leur éclat d'un voile lumineux Et rendait de la nuit le silence limpide.

SOUVENIR D'UN SOIR

Le rossignol perdu dans le lointain du bois Dans l’air par intervalle , abandonnait sa voix Dont les sons veloutés expiraient dans b espace ; Comme sur un beau lac les cercles onduleux , Lorsque l’aile du cygne a troublé la surface De ses Ilots transparens immobiles et bleus.

La luciole au loin faisait briller ses feux ;

Et mille étoiles animées ,

Suspendant au gazon l’éclat du diamant ,

Comme un ciel reflété dans des ondes calmées , Faisaient du champ nocturne un autre firmament. L’haleine du midi dérobant au rivage Les parfums dont les fleurs à la nuit faisaient don , D’une vague harmonie agitait le feuillage Et faisait tomber l’ame en un mol abandon.

Et celle que j'aimais d'une amitié naïve

Qui m’aimait à son tour , comme eût fait une sœur

Languissante , pencha sa tête sur mon cœur,

Et me serra la main d’une étreinte plus vive. Jamais , dit-elle , ami , la brise a mes cheveux

SOUVENIR D'UN SOIR

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N'a fait si suave caresse ,

Et des sphères du ciel l’hymne silencieux Ne me versa pareille ivresse.

D’un délice inconnu tout mon être est saisi ,

Et dans l’extase qui l'oppresse ,

Mon ame est prête à demander merci.

Elle se tut : son œil abaissa sa paupière ;

Et glissant à travers la touffe bocagère ,

Sur sa bouche entrouverte et sur son front charmant L'astre des nuits fit tomber sa lumière ,

Et ressentant soudain même ravissement ,

Je la trouvais mille fois plus jolie ,

Et je baisais sa main , tombais a ses genoux.

Et de mes premiers jours la compagne chérie ,

Dès ce moment divin , ne fut plus mon amie ,

Mais quelque chose de plus doux.

Et depuis lors, j’ai vu mourir plus d’une fête ,

Goûté de plus d’un soir la suave splendeur;

Mais de tous ceux dont l’ombre a passé sur ma tète , Celui-là seulement est resté dans mon cœur.

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Ut tues.

Mars ’83'2. —

Poète au regard d’aigle , Herschell harmonieux Qui mets d’autres soleils aux poétiques cieux ,

Qui, ravisseur d’un rliythme enfermé dans la nue, Fais vibrer sur la lyre une corde inconnue ,

Fixes dans notre esprit cet hymne sans pareil ,

Qu’on entendait en rêve et cherchait au réveil ,

Cet hymne qu’a travers la nuit et le mystère >

Les anges rarement confiaient à la terre ,

MMES

Est-il vrai que ta lettre a daigné m'envoyer Que tu viendrais t’asseoir a mon humble foyer ,

Et visiter nos champs , notre ville embellie ,

Ce fragment détaché des bords de l’Italie ,

Ou le ciel , se peignant d'un éternel azur ,

Est presque monotone à force d’être pur ,

Où , tout intelligence , on ne vit que par l’ame ,

Où , sous des cheveux noirs , brillent des yeux de flamme Où la misère sobre et portant la fierté Que donne a ses enfans le Dieu de vérité ,

Dédaignant le nectar qui pend a nos collines ,

Convive de la foi s'enivre de doctrines ,

IN’ arme jamais son bras pour demander du pain :

Ce n’est que de l’esprit qu elle ressent la faim.

Peut-être on t’aura dit que , dans sa frénésie ,

L’émeute ayant chez nous le droit de bourgeoisie , Hurle en nos boulevards , comme en un cirque ardent Un taureau furieux qu’a frappé le trident Mais , dans nos tristes jours ;quel ciel est sans orages ?

INI MES.

Quelle mer de ses flots n’ébranle ses rivages?

Quel sol ne retentit des plaintes du tombeau?

Quel fleuve de remords n’entend gémir son eau ?

Ab ! viens pour adoucir nos âmes indomptables , Comme ces vents du nord qui soulèvent nos sables : Ta lyre , célébrant la concorde pour nous ,

Grand homme ; nous verrait tomber à tes genoux , Viens , ici tout t’attend pour t’offrir une fête :

Les lauriers de nos champs pour ombrager ta tête ; La muse , qui jadis eut un temple en ce lieu ,

Pour prodiguer l’encens en retrouvant son Dieu ; Tous ces demi-soleils , enfans de ton système ,

Pour te voir de plus près dans la splendeur suprême, Et les restes pompeux de l’antique cité ,

Pour s’offrir a tes yeux sous leur plus grand coté.

Nous n’avons pas ici de hautes cathédrales ,

Ni de vieux monastère aux sombres corridors ,

Ni MES.

Où l’on dit qu’a minuit se soulèvent les dalles Couvertes des blasons des morts ;

Ni découpés a jour des clochers dont les pointes Dans les deux envahis montent avec orgueil ;

Ni chevaliers de pierre à genoux , les mains jointes Au pied d’un gothique cercueil ;

Ni madone des bois où jamais châtelaine Pour un époux absent vainement ne pria ,

Où le pâtre en passant ôte un bonnet de laine Et dit un Ave Maria;

Ni château crénelé dont la verte muraille Se hérisse de tours et de mâchicoulis ,

Que la vague des mers incessamment assaille De ses monotones roulis.

Mais la Rome païenne ici vit tout entière ;

Ici son aigle au vol dispensateur des fers ,

MAIES.

A laissé plus avant l’empreinte de sa serre Qu’en aucun lieu de l'univers.

Tu verras des palais , des cirques et des temples , Jusque dans la poussière un noble souvenir ,

Et le passé partout étalant des exemples A terrifier l’avenir.

La les fronts abaissés des portes triomphales ,

Aux sommités du jour promettant même sort ;

Ici des dieux mêlés aux urnes sépulcrales ,

Tristes alliés de la mort ;

L'arène où s’égorgeaient le Gaulois et le Thrace, Contens d’être applaudis avant que de mourir , Devant ce peuple-roi qui voulait qu’avec grâce On rendit le dernier soupir ;

Les gradins qu’inondait la robe orientale Des chevaliers couverts de suaves parfums ,

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