VJ
Le rameau de laurier trempé dans l’eau bénite ,
Que la famille en pleurs aspergea sur ton corps , Lorsqu’on l’eut revêtu de l’habit carmélite ,
Et qu’on eut récité les prières des morts.
Et quand je dors , pourtant , pendant la nuit livide , Une main démon lit agitant les rideaux Fait sur mon front brûlant passer un souffle humide , Gomme celui qui sort des voûtes des tombeaux.
Et j’aperçois errer , dans mon alcôve obscure ;
Un bras qui porte un cierge à la pale lueur ;
Et je ne sais quel sombre et funèbre murmure Me couvre tout a coup d’une froide sueur.
Et je te vois pleurer , et ta tête s’incline ,
Et laisse sur mon sein abattre ses cheveux ;
Et leurs tristes flocons oppressent ma poitrine :
Oh ! quand tu viens aimi ; dis-moi ce que tu veux !
APPARITION
Et lu verras soudain ta volonté suivie ,
Je ne veux envers toi ressentir nul remord Hélas 1 je suis assez accablé de la vie , Sans y venir mêler les peines de la mort.
Oh ! de ces visions, vérités ou mensonges ,
Daigne, daigne, mon Dieu , délivrer mon sommeil Dais passer radieux tes anges dans mes songes ,
Et calme mon esprit sous leur groupe vermeil.
ôoum’iiii' îi’un 6oir.
SOUVENIR D'UN SOIR
Ainsi qu’une bergère au regard gracieux ,
La lune , surveillant de sa lueur candide Les scintillans troupeaux des campagnes des deux ; Tempérait leur éclat d'un voile lumineux Et rendait de la nuit le silence limpide.
SOUVENIR D'UN SOIR
Le rossignol perdu dans le lointain du bois Dans l’air par intervalle , abandonnait sa voix Dont les sons veloutés expiraient dans b espace ; Comme sur un beau lac les cercles onduleux , Lorsque l’aile du cygne a troublé la surface De ses Ilots transparens immobiles et bleus.
La luciole au loin faisait briller ses feux ;
Et mille étoiles animées ,
Suspendant au gazon l’éclat du diamant ,
Comme un ciel reflété dans des ondes calmées , Faisaient du champ nocturne un autre firmament. L’haleine du midi dérobant au rivage Les parfums dont les fleurs à la nuit faisaient don , D’une vague harmonie agitait le feuillage Et faisait tomber l’ame en un mol abandon.
Et celle que j'aimais d'une amitié naïve
Qui m’aimait à son tour , comme eût fait une sœur
Languissante , pencha sa tête sur mon cœur,
Et me serra la main d’une étreinte plus vive. Jamais , dit-elle , ami , la brise a mes cheveux
SOUVENIR D'UN SOIR
HGli
N'a fait si suave caresse ,
Et des sphères du ciel l’hymne silencieux Ne me versa pareille ivresse.
D’un délice inconnu tout mon être est saisi ,
Et dans l’extase qui l'oppresse ,
Mon ame est prête à demander merci.
Elle se tut : son œil abaissa sa paupière ;
Et glissant à travers la touffe bocagère ,
Sur sa bouche entrouverte et sur son front charmant L'astre des nuits fit tomber sa lumière ,
Et ressentant soudain même ravissement ,
Je la trouvais mille fois plus jolie ,
Et je baisais sa main , tombais a ses genoux.
Et de mes premiers jours la compagne chérie ,
Dès ce moment divin , ne fut plus mon amie ,
Mais quelque chose de plus doux.
Et depuis lors, j’ai vu mourir plus d’une fête ,
Goûté de plus d’un soir la suave splendeur;
Mais de tous ceux dont l’ombre a passé sur ma tète , Celui-là seulement est resté dans mon cœur.
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Ut tues.
Mars ’83'2. —
Poète au regard d’aigle , Herschell harmonieux Qui mets d’autres soleils aux poétiques cieux ,
Qui, ravisseur d’un rliythme enfermé dans la nue, Fais vibrer sur la lyre une corde inconnue ,
Fixes dans notre esprit cet hymne sans pareil ,
Qu’on entendait en rêve et cherchait au réveil ,
Cet hymne qu’a travers la nuit et le mystère >
Les anges rarement confiaient à la terre ,
MMES
Est-il vrai que ta lettre a daigné m'envoyer Que tu viendrais t’asseoir a mon humble foyer ,
Et visiter nos champs , notre ville embellie ,
Ce fragment détaché des bords de l’Italie ,
Ou le ciel , se peignant d'un éternel azur ,
Est presque monotone à force d’être pur ,
Où , tout intelligence , on ne vit que par l’ame ,
Où , sous des cheveux noirs , brillent des yeux de flamme Où la misère sobre et portant la fierté Que donne a ses enfans le Dieu de vérité ,
Dédaignant le nectar qui pend a nos collines ,
Convive de la foi s'enivre de doctrines ,
IN’ arme jamais son bras pour demander du pain :
Ce n’est que de l’esprit qu elle ressent la faim.
Peut-être on t’aura dit que , dans sa frénésie ,
L’émeute ayant chez nous le droit de bourgeoisie , Hurle en nos boulevards , comme en un cirque ardent Un taureau furieux qu’a frappé le trident Mais , dans nos tristes jours ;quel ciel est sans orages ?
INI MES.
Quelle mer de ses flots n’ébranle ses rivages?
Quel sol ne retentit des plaintes du tombeau?
Quel fleuve de remords n’entend gémir son eau ?
Ab ! viens pour adoucir nos âmes indomptables , Comme ces vents du nord qui soulèvent nos sables : Ta lyre , célébrant la concorde pour nous ,
Grand homme ; nous verrait tomber à tes genoux , Viens , ici tout t’attend pour t’offrir une fête :
Les lauriers de nos champs pour ombrager ta tête ; La muse , qui jadis eut un temple en ce lieu ,
Pour prodiguer l’encens en retrouvant son Dieu ; Tous ces demi-soleils , enfans de ton système ,
Pour te voir de plus près dans la splendeur suprême, Et les restes pompeux de l’antique cité ,
Pour s’offrir a tes yeux sous leur plus grand coté.
Nous n’avons pas ici de hautes cathédrales ,
Ni de vieux monastère aux sombres corridors ,
Ni MES.
Où l’on dit qu’a minuit se soulèvent les dalles Couvertes des blasons des morts ;
Ni découpés a jour des clochers dont les pointes Dans les deux envahis montent avec orgueil ;
Ni chevaliers de pierre à genoux , les mains jointes Au pied d’un gothique cercueil ;
Ni madone des bois où jamais châtelaine Pour un époux absent vainement ne pria ,
Où le pâtre en passant ôte un bonnet de laine Et dit un Ave Maria;
Ni château crénelé dont la verte muraille Se hérisse de tours et de mâchicoulis ,
Que la vague des mers incessamment assaille De ses monotones roulis.
Mais la Rome païenne ici vit tout entière ;
Ici son aigle au vol dispensateur des fers ,
MAIES.
A laissé plus avant l’empreinte de sa serre Qu’en aucun lieu de l'univers.
Tu verras des palais , des cirques et des temples , Jusque dans la poussière un noble souvenir ,
Et le passé partout étalant des exemples A terrifier l’avenir.
La les fronts abaissés des portes triomphales ,
Aux sommités du jour promettant même sort ;
Ici des dieux mêlés aux urnes sépulcrales ,
Tristes alliés de la mort ;
L'arène où s’égorgeaient le Gaulois et le Thrace, Contens d’être applaudis avant que de mourir , Devant ce peuple-roi qui voulait qu’avec grâce On rendit le dernier soupir ;
Les gradins qu’inondait la robe orientale Des chevaliers couverts de suaves parfums ,