‹ Poésies (volume 3)Chapitre 66 sur 68 · A TOUS CEUX · texte numérisé non relu

A TOUS CEUX

Qui ; changeant scs accords , reste toujours le mciuc Chantre vraiment divin dont l’œuvre illimité Fait prendre au sérieux son immortalité ,

Dont la lyre épancha de ses cordes fécondes Des strophes de soleils et des hymnes de mondes , Et dont Fombre , en passant , sur leur immensité Dispensa la splendeur , la vie et la beauté.

Oh ! la muse qui tombe en cette idolâtrie ,

Veuve des eaux du ciel ; sera bientôt flétrie ;

Du SUPERBE VIOL dont parle Alighieri ,

Son orgueil s’est repu , mais son amc a péri :

Emule de Satan , son cantique sublime ;

Commencé dans le ciel , se finit dans l’abîme ,

Et, fils de lajumière , adopté par la nuit ,

11 enrichit l’enfer de son farouche ennui.

Mais aussi le poète a ses ruomens de doute ,

Où tout ce qu’il produit l'ennuie et le dégoûte

QUI M’ONT ADRESSÉ DES VERS. 35i

Où son désir de gloire est pareil à l'affront Qui fait que l’ame est triste et qu’on baisse le front ;

Où le mépris de soi nous rend d’humeur si sombre y Que l’on voudrait pouvoir s’arracher de son ombre ; Où l’on porte la lyre en dessous du manteau ,

Comme un brigand ferait d’un ignoble couteau :

Où l’ardeur qui nous brûle est amère folie ,

Où tout ce qu’on entend et voit nous humilie ;

Où dans chaque sourire et dans chaque coup d’œil On croit voir un brocard tomber sur notre orgueil Tout le ricanement du démon de la prose ;

Où tout ce que le monde a de sot nous impose ;

Où l’œuvre la plus belle est un enfant de mal Qu’il faut jeter de nuit au tour d’un hôpital.

Oh ! qu’il est bon alors que quelque ami sublime Au talent qui rougit rende sa propre estime ,

Ramène dans le ciel son esprit qui s’abat ,

Et , faisant a ses yeux luire son propre éclat ,

Lui fasse incontinent ? de sa main qui défaille .

Palper son diadème , ou mesurer sa taille.

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