A TOUS CEUX
Qui ; changeant scs accords , reste toujours le mciuc Chantre vraiment divin dont l’œuvre illimité Fait prendre au sérieux son immortalité ,
Dont la lyre épancha de ses cordes fécondes Des strophes de soleils et des hymnes de mondes , Et dont Fombre , en passant , sur leur immensité Dispensa la splendeur , la vie et la beauté.
Oh ! la muse qui tombe en cette idolâtrie ,
Veuve des eaux du ciel ; sera bientôt flétrie ;
Du SUPERBE VIOL dont parle Alighieri ,
Son orgueil s’est repu , mais son amc a péri :
Emule de Satan , son cantique sublime ;
Commencé dans le ciel , se finit dans l’abîme ,
Et, fils de lajumière , adopté par la nuit ,
11 enrichit l’enfer de son farouche ennui.
Mais aussi le poète a ses ruomens de doute ,
Où tout ce qu’il produit l'ennuie et le dégoûte
QUI M’ONT ADRESSÉ DES VERS. 35i
Où son désir de gloire est pareil à l'affront Qui fait que l’ame est triste et qu’on baisse le front ;
Où le mépris de soi nous rend d’humeur si sombre y Que l’on voudrait pouvoir s’arracher de son ombre ; Où l’on porte la lyre en dessous du manteau ,
Comme un brigand ferait d’un ignoble couteau :
Où l’ardeur qui nous brûle est amère folie ,
Où tout ce qu’on entend et voit nous humilie ;
Où dans chaque sourire et dans chaque coup d’œil On croit voir un brocard tomber sur notre orgueil Tout le ricanement du démon de la prose ;
Où tout ce que le monde a de sot nous impose ;
Où l’œuvre la plus belle est un enfant de mal Qu’il faut jeter de nuit au tour d’un hôpital.
Oh ! qu’il est bon alors que quelque ami sublime Au talent qui rougit rende sa propre estime ,
Ramène dans le ciel son esprit qui s’abat ,
Et , faisant a ses yeux luire son propre éclat ,
Lui fasse incontinent ? de sa main qui défaille .
Palper son diadème , ou mesurer sa taille.