‹ Poésies (volume 4)Chapitre 13 sur 49 · SOUPIR · texte numérisé non relu

SOUPIR

Tout soleil naît, s'élève et tombe Tout trône est artificiel; La plus haute gloire succombe; Tout s'épanouit pour la tombe , Et rien n'est brillant que le ciel.

Navigateur d'un jour d'orage , Jouet des vagues, le mortel, Repoussé de chaque rivage , Ne voit qu'écueil sur son passage Et rien n'est calme que le ciel.

— Septembre 1853. —

Otonsolûtion sur IHIDubIt.

Goutte à goutte long-temps dans ma coupe modeste

J'ai recueilli des fleurs l'humidité céleste;

Si la main de l'oubli me la renverse , alors

Que je l'aurai remplie à couler par les bords ,

Le ciel me donnera de contempler sans peine

Mes odorans travaux répandus sur l'arène ,

Et le jour accablant de chaleur et d'ennui ,

Dévorant ces parfums enlevés à la nuit.

Avant que de ma vie apparaisse le terme ,

Que je puisse épancher l'hymne que je renferme î

Inviter toute lèvre à goûter de ce miel Qui donne sur la terre un avant-goût du ciel î Et je mourrai content, et sûr de récompense , Ainsi que ces bienfaits offerts à l'indigence , D'où l'ombre se rapproche et le bruit se tient loin, Et qui n'ont ici-bas que Dieu seul pour témoin. Le rossignol caché sous la feuillée épaisse, Avant de dérouler sa voix enchanteresse, S'informe-t-il s'il est dans le lointain des champs Quelque oreille attentive à recueillir ses chants ? Non, il jette au désert, à la nuit, au silence, Tout ce qu'il a reçu de suave cadence. Si la nuit, le désert, le silence sont sourds, Celui qui l'a créé, l'écoutera toujours. Toute fleur ne naît pas, brillante sur nos rives, Pour le sein des amours ou le front des convives, Pour tomber sous les doigts d'un jeune Éliacin, Et parer de festons les voûtes du lieu saint. Ah ! loin d'en être ainsi, le sort du plus grand nombi Est de naître, briller, et se flétrir dans l'ombre ,

De laisser voltiger leur dépouille en commun ,

D'abandonner au vent une hymne de parfum ,

Sûre de s'exhaler vers la suprême essence

Que proclament les cieux et que la terre encense !

Combien de diamans, dans la terre enfouis,

Ne brilleront jamais aux regards éblouis!

Que déjeunes beautés, ravissantes colombes,

Sans passer par l'hymen descendront dans leurs tombes î

Que de germes éclos aux rayons du soleil,

A peine réveillés, rentrent dans le sommeil!

La mort, de tant de morts nullement assouvie,

Veille comme un dragon aux portes de la vie;

La moitié des destins s'accomplit seulement,

Et tout n'est ici-bas qu'un grand avortement.

Oh! qui justifiera cette injustice immense !...

Mais la terre n'a point toute notre existence.

Ne nous abattons point, si mon luth inspiré

Des hommes pour toujours doit rester ignoré ;

Si l'indignation en surprend ta pensée ,

Oh! ce sera, mon ame, une plainte insensée,

Un moment écoulé dans l'oubli du Seigneur,

Qui, comme un vent de mort, nous passe sur le cœur.

La lyre ne doit pas te rendre infortunée;

Remercions le ciel de nous l'avoir donnée;

Il est quelque plaisir qu'elle nous fait goûter,

Et tu t'épanouis en t'écoutant chanter f

Et mon front soucieux éclaircit ses nuages ,

Comme au son de l'airain avortent les orages.

Les ombres de l'oubli préservent de l'orgueil,

Et la célébrité n'est qu'un plus grand écueil.

Un grand nom coûte cher dans les temps où nous sommes.

Il faut rompre avec Dieu pour captiver les hommes,

La gloire, trop souvent, apparaît sur un front,

Gomme germe le doute au cœur qui se corrompt;

Gomme l'on voit sortir des moissons plus fécondes

D'un terrain humecté par des vagues immondes.

Que d'esprits, transportés sur la cime du mont ,

N'ont pas pu résister aux pompes du démon ,

Et, pour s'approprier des royaumes célèbres,

Ont adoré les pieds de l'ange des ténèbres !

De mon astre soumis loin des destins pareils! Hélas ! mes yeux ont vu tomber tant de soleils î Si je venais jamais à franchir la limite, Ramène-moi, mon Dieu, dans la borne prescrite Car l'esprit une fois échappé de ta main Se fatigue à bondir et ne fait nul chemin.

LE TROUBADOUR D'OCCITANIE

Toque de moire , aigrette blanche , Ornaient son front toujours serein ; OEil doux et vif, allure franche :

Il avait le cœur sur la main.

Désirs orgueilleux de sa vie Ne troublent la félicité; Il voit le manoir sans envie , Et la chaumière sans fierté.

LE TROUBADOUR D OCCITANIE

Le nécroman et la sorcière N'ont point de part à ses concerts :

Il est enfant de la lumière , Et non de la nuit des enfers.

Sa lyre , où le zéphir caresse Rubans aux brillantes couleurs, Chante la rose, la jeunesse, Tout ce qui fait battre les cœurs ;

Le premier baiser d'une amie, Le premier souffle printanier, Et le ciel bleu de sa patrie, Et ses champs où croît le laurier.

Ou, vers la couche nuptiale, Conduisant de jeunes amans, Sa voix de la fleur virginale Saluait les derniers momens.

LE TROUBADOUR D'OCCITANIE

Ou bien, partageant les délices De quelque couple fortuné , Elle appelait des sorts propices Sur la tête du nouveau-né.

Mais quand des gloires solennelles Sollicitaient un noble essor, Son esprit dirigeait ses ailes Vers un espace vierge encor.

Il disait l'héroïque Charles , Avec les comtes toulousains , Dans les champs de Nîmes et d'Arles Exterminant les Sarrazins.

Il disait la célèbre histoire Des chevaliers morts triomphans , Et les larmes de la Victoire Qui redemandait ses enfans.

LE TROUBADOUR DOCCITANIE.

Et, des fastes de la vaillance , Parfois ses accords complaisans Descendaient jusqu'à la cadence De la ronde des paysans.

Mais alors pour lui nul salaire :

Le noble enfant du gai savoir Chantait gratis à la chaumière, Quand on le payait au manoir.

Souvent même, ange secourable , Au riche il donne sa leçon , Et dans la main du misérable Il met le prix d'une chanson.

Ainsi, l'honneur et l'harmonie , La bienfaisance et les amours, Du ménestrel d'Occitan ie Tissaient les adorables jours.

LE TROUBADOUR D'OCCITANIE . 03

Et , quand le ciel coupait leur trame , Pressant une croix sur son cœur, Paisiblement il rendait l'âme, Et s'endormait dans le Seigneur.

Serfs dont il charma les misères , Bachelettes qu'il fit danser, Preux dont il célébra les guerres, Avaient des larmes à verser.

Et, sur le saule de sa tombe Tous les soirs reposant leur vol , Venaient soupirer la colombe , Et se plaindre le rossignol,

Zéphir, du souffle de son aile, À triomphé de nos frimas; La terre de fleurs étincelle :

Tout revient , et mon hirondelle Ne revient pas.

Par ses compagnes plus constantes J'entends saluer ie matin, J'ai vu leurs troupes tournoyantes Effleurer les eaux transparentes Du lac voisin,

Oiseau de longue connaissance , Ah! dis-moi, quand reviendras-tu Me ranimer par ta présence?

Je suis, hélas î de ton absence Tout abattu.

Tu sais combien ma joie éclate , Quand tu reparais sous nos cieux ; Quand l'anneau d'étoffe écarlate, Qui ceint ta jambe délicate, Brille à mes yeux ;

Nul autre mortel , je t'assure , Ne t'offrira meilleur destin ; J'étais presque de ta nature , Nous partageons même toiture Et même pain.

Quand la naïve damoiselle, Du doigt indiquait notre tour,

Là-haut demeure, disait-elle, Et chante avec son hirondelle Le troubadour.

Pour te recevoir, ma fenêtre Est toujours ouverte à demi ; Qui peut t'empêcher d'y paraître?

Crains-tu de retrouver un maître Dans ton ami ?

Non, tu ne m'es pas infidèle :

Les serres d'un cruel vautour T'auront d'une étreinte mortelle Surprise, ô ma pauvre hirondelle !

A ton retour.

Ou volant à perdre courage , Pour traverser d'immenses eaux, Sur quelque perfide équipage A s-tu rencontré l'esclave ^e Pour le repos ?

N'a-t-il pas craint pour son navire , L'impitoyable ravisseur?

Car j'ai toujours entendu dire, Oiseau du ciel , que de te nuire Porte malheur.

Hélas! dans la campagne immense , La fleur va faire place au fruit, De jour en jour l'été s'avance, Et de te revoir l'espérance S'évanouit.

Ma voix si joyeuse et si vive N'aura plus que de tristes chants; Infidèle, morte, ou captive, Ta perte la rendra plaintive Pour bien long-temps.

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