‹ Poésies (volume 4)Chapitre 14 sur 49 · A LA TIERCE · texte numérisé non relu

A LA TIERCE

Toi, que célèbre aux deux l'harmonie éternelle Des archanges ravis, des séraphins ardens, Vierge, accepteras-tu d'une lyre mortelle Les profanes accens ?

Oh! toujours indulgente envers la créature, Tu les accepteras, mais pourrais-je jamais Exalter dignement, reine de la nature, Tes immenses bienfaits !

L'univers languissait dans une nuit profonde : La voix de l'Eternel promet un jour serein. O céleste Orient, la lumière du monde Sortira de ton sein .

Le fils de Jéhovah se revêt de poussière; De ton flanc virginal il veut naître mortel; C'est par toi que ie ciel habitera la terre Et la terre le ciel.

Quel désordre éclatant à mes yeux se présente! Le maître , des captifs vient partager le sort; Une vierge est féconde , une mortelle enfante Le vainqueur de la mort.

Malheureux fils d'Adam, dépouille-toi du crime, Eve victorieuse a soumis les enfers; Le vieux serpent vaincu se roule dans l'abîme, Et les cieux sont rouverts.

Mais, VTierge, tes douleurs ont surpassé ta gloire. Quels sanglots t'a coûté le salut des humains! Quel sang ont exigé pour prix de la victoire Les célestes desseins !

Exempte du péché , tu connus nos alarmes ; Tu partageas nos maux , tu sais y compatir. Quand on pleure avec toi, l'infortune a des charmes, La douleur son plaisir.

Est-il de lieu , de rang, où la foi ne t'implore? Tu recueilles ses vœux, ses larmes et ses cris, Des mers de l'Occident à celles de l'Aurore , Et du chaume aux lambris.

A qui léguera-t-il ses sueurs et sa peine, Le pauvre laboureur d'enfans déshérité?

Sa compagne t'invoque, et retourne certaine De sa fécondité.

La France périssait; mais son auguste maître Te consacre en pleurant sa couronne de lis ; Heureuse et triomphante, elle verra paraître Le plus grand des Louis.

Un jour, ô jour affreux ! criminelle , abusée , Elle abolit le trône et ses antiques lois; Mais captive bientôt , sur leur tombe brisée Elle pleure ses rois.

Ce cèdre dont les cieux avaient reçu le faite , Dont les rameaux joignaient l'un à l'autre horizon , Déplorable jouet d'une longue tempête , N'a plus qu'un rejeton.

Veille , veille sur lui , secourable Marie ! Qu'à ta voix dépouillant sa menaçante horreur, L'aube de l'avenir se montre à ma patrie Pure comme ton cœurî

Que sur nous éteignant la foudre vengeresse , L'ange de tes bontés , étoile du matin , De ses ailes d'azur protège la jeunesse Du royal orphelin !

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