‹ Poésies (volume 4)Chapitre 23 sur 49 · LIVRE m · texte numérisé non relu

LIVRE m

SOUVENIRS IKENFANCE.

- Juillet 1832. -

Sfoinvmra îr'€nfance.

Revenez, revenez, beaux jours de mon enfance,

De votre aspect riant charmer ma souvenance,

Comme dans le désert brûlant et spacieux

Sur la verte oasis se reposent les yeux.

Mon cœur, mon pauvre cœur, à la tristesse en proie ,

En fouillant le passé vous retrouve avec joie,

Jours naïfs, plaisirs purs, emportés par le temps,

Ainsi que le parfum des fleurs par les autaus.

Quand notre bon curé , d'un doigt glacé par l'âge,

Me caressait la joue et me disait : Sois sage !

Quand mes pieuses mains, aux prières du soir,î

Pour ranimer ses feux balançaient l'encensoir ;

Alors que , réveillé bien avant la lumière ,

Pour mon premier voyage , à travers la portière,

Surpris, je contemplais dans l'orient lointain,

Pour la première fois trois heures du matin !

Quand, pour trouver des nids fouillant dans ses bocages,

Le Vistre me voyait explorer ses rivages

Et dans ses fraîches eaux trompant Tardent midi

Goûter tous les plaisirs du vagabond jeudi,

Jour alors le plus beau de toute la semaine,

Où l'écolier se voit affranchi de sa chaîne :

Ni sombre magister qui le fasse pâlir ;

Ni de ces beaux habits que l'on craint de salir,

Qui me rendaient des jours de fête et de dimanche,

Quand j'en étais paré, l'allégresse moins franche.

Mais d'où vient que ces temps que j'évoque aujourd'hui

Pour pouvoir arracher mon ame à son ennui ,

La ramènent encore à sa tristesse amère?

Hélas ! c'est que bientôt je vis pleurer ma mère î

Mon père s'en alla par ce mal triste et lent

Qui fait voir chaque jour le soleil moins brillant,

Qui fait passer des nuits aux longues insomnies,

Qui, pour un seul trépas donnant vingt agonies,

Enlève fil à fil la trame de nos jours,

Où l'art ne peut donner que d'impuissans secours.

Que de fois, loin du lit où gisait sa souffrance,

Ma mère avec des yeux qui cherchaient l'espérance,

A. dit au médecin qui nous donnait ses soins :

Ne le trouvez-vous pas mieux qu'hier?— Beaucoup moins.

Et ses yeux se mouillaient de larmes, et les miennes

Se mettaient à couler voyant couler les siennes !

Puis elle me disait : Pourquoi gémir aiusi ?

Enfant, de jour en jour tu deviens pâle aussi.

Bientôt dans la maison nous aurons deux malades;

Va te distraire avec tes jeunes camarades.

Et, sortant pour aller essayer le bonheur, J'entendais une voix me dire au fond du cœur : Comment te réjouir quand ta famille pleure ! Et, triste, je rentrais dans ma pauvre demeure, Et, le front dans la main, sur la table accoudé , Je me sentais encor de larmes inondé.

ACCABLËMENT.

- Juillet î853. -

Accablement

Et voilà tout! voilà ce que, dans notre enfance, Nous avons salué par un eri d'espérance : Gomme le voyageur du haut du Saint-Bernard Jette sur l'Italie un avide regard !

Et ce soleil brillant, et ces fleuves limpides, M'ont laissé le cœur froid et les lèvres arides. Semblable à ces éclairs de la chaude saison , Qui par un soir serein brillent à l'horizon,

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