ACCABLEMENT
Mon printemps m?attrista des présages d'automne ; Je vis, à peine éclose , effeuiller sa couronne; Et l'ongle du malheur sur moi vint s'appuyer, Ainsi que le vautour sur un jeune amandier S'abat , et , secouant ses ailes dans ses branches , Sur la terre à flocons fait tomber ses fleurs blanches. Je me disais pourtant : « Dans la vie avançons, « De précoces chagrins sont d'utiles leçons; « Ils cimentent parfois quelque destin suprême : «Car l'homme est le premier complaisant delui-mêm e » Bien plus que le présent l'avenir parait beau , Et d'attente en attente on arrive au tombeau ; Et Ton voit de ses jours décroître la lumière , Depuis qu'on se souvient d'une aurore première ; Et le bonheur, toujours remis au lendemain, Ressemble au feu follet que l'on poursuit en vain La nuit dans la forêt, et dont l'ame épuisée Est, au bord d'un abîme, enfin désabusée, Quand des rires moqueurs et d'infernales voix Éclatent et s'en vont mourir au fond des bois :
ACCABLEMENT. ITô Car des esprits impurs l'allégresse est extrême Quand un espoir s'abjure et se dit anathème ; Et je sais ce qu'il est d'amer dans ce réveil; Et je sens que j'ai fait un pénible sommeil; Et j'ai vu s'écouler les songes de ma vie; Et me voilà semblable à la source tarie Dont les feux dévorans de l'ardente saison Ont desséché le sable et brûlé le gazon; A l'arbre privé d'eau, mort, et dont le squelette Dessine sur le ciel sa triste silhouette. Et mon œil cherche en vain tous ses enchantemens, Et la mort m'a ravi des fantômes charmans : Gomme pour avertir mon âme solitaire De ne plus demander des amours à la terre; Et mon cœur dans le vide et dans l'isolement A senti le dernier degré d'accablement.
Et quand il est blessé par un secret outrage, Qu'une froide pâleur me couvre le visage, Que je rentre l'œil triste et le front abattu , Personne qui me dise : Oh! mon ami , qu'as- tu ?