LA SOMNAMBULE
De son sein l'albâtre mouvant Monte et descend , pareil à la vague marine ; La harpe est entre ses genoux :
On dit que sa voix est divine ; Elle va chanter : taisons-nous.
« O nuit ! épanche ta rosée :
Mon front se courbe de langueur; Je suis semblable à cette fleur Que dans un jour brûlant on n'a pas arrosée.
« Soulageons-nous des contraintes du jour; Que mon cœur enfin se révèle; Zéphyr, que le bruit de ton aile Soit un frémissement d'amour!
« Dis-moi ce qu'un amant à celle qu'il adore Peut dire de plus deux, de plus délicieux. Etreins-moi mollement : je soupire; tu peux Calmer le mal qui me dévore.
LA SOMNAMBULE, Ma bouche s'ouvre à ton souffle charmant ; Je te livre ma chevelure , Les tissus de mon vêtement , Le nœud qui retient ma ceinture, Je te livre »
L'aveu demeure inachevé.
La nocturne beauté ne dit plus autre chose. Sur l'instrument muet sa tête se repose; De mouvemens plus prompts son sein est soulevé L'on entend s'agiter ses deux lèvres de rose : Mais on n'a pu savoir ce qu'elle avait rêvé .
Ce filtre.
Ma vie était semblable au lac tranquille et pur Qui reflète du jour le nuage et l'azur,
Les astres dont la nuit scintille :
Et je ne sais sur moi quelle haleine a soufflé; Mais dans ses profondeurs tout mon être est troublé»
Rends-moi mon ame, jeune fille î
Ma lèvre souriait des larmes des amours ,
Je marchais le front haut, comme Ton a toujours
Marché dans ma pauvre famille ; Et maintenant mon œil est humide et rêveur, Ma tête tristement se penche sur mon cœur.
Rends-moi mon ame, jeune fille î
Lorsque dans nos jardins tu t'assieds sur un banc , Soudain je te devine au bout de ton ruban
Qui flotte à travers la charmille; Et mes amis alors me disent : Étourdi , Tu ne réponds jamais à ce que Ton te dit .
Rends-moi mon ame, jeune fille î
C'est qu'alors mon esprit voltige autour de toi, Que je voudrais en vain le rappeler à moi :
Il baise ta bouche gentille, Se joue avec la brise entre tes beaux cheveux, Et s'enivre et s'oublie aux rayons de tes yeux.
Rends-moi mon ame , jeune fille !
Astre consolateur de mes sombres ennuis, Ton image charmante illumine mes nuits
Du doux éclat dont elle brille;
Mais le réveil me voit triste et dépossédé, Pleurer comme un enfant sur mon lit accoudé.
Rends-moi mon ame, jeune fille !
Car quelle bouche d'or raconterait mon rêve ,
Quand le nuage ami dans les airs nous enlève ;
Quand mollement couché sur ce lit de vapeurs ,
Que nuancent du jour les mobiles couleurs,
Ton corps que voile à peine une légère gaze,
Se révèle à mes yeux et me tient en extase ?
Possesseur étonné de si rares trésors ,
Mon bonheur se soupçonne , et je me dis alors :
« De la réalité c'est bien là le domaine;
« Ce n'est pas , cette fois une apparence vaine
« Qui remplit mon sommeil d'un prestige charmant.
Mon songe a je ne sais quel vague sentiment
De son illusion ; je crains en ma pensée
Que , rompant le fil d'or où mon ame est bercée ,
Le désolant réveil , venant à me saisir,
Ne me fasse tomber du ciel de mon désir,
Et que ton doux fantôme à mes yeux se dérobe,
Gomme un sylphe léger aux approches de l'aube
Jpromwaîre sur Jttet\
Voilà que l'onde amère a calmé son transport :
Détachons la nacelle et voguons loin du port ,
0 mon ange ! à nous deux , nous pouvons nous suffire