SOUVENIR D'UN SOIR
N'a fait si suave caresse , Et des sphères du ciel l'hymne silencieux
Ne me versa pareille ivresse.
D'un délice inconnu tout mon être est saisi , Et dans l'extase qui l'oppresse , Mon ame est prête à demander merci .
Elle se tut : son œil abaissa sa paupière; Et glissant à travers la touffe bocagère , Sur sa bouche entrouverte et sur son front charmant
L'astre des nuits fit tomber sa lumière. Et ressentant soudain même ravissement ,
Je la trouvais mille fois plus jolie , Et je baisais sa main, tombais à ses genoux. Et de mes premiers jours la compagne chérie , Dès ce moment divin, ne fut plus mon amie ,
Mais quelque chose de plus doux.
Et depuis lors , j'ai vu mourir plus d'une fête , Goûté de plus d'un soir la suave splendeur ; Mais de tous ceux dont l'ombre a passé sur ma tête , Celui-là seulement est resté dans mon cœur.