‹ Poésies (volume 4)Chapitre 36 sur 49 · À M. DE LAMARTINE · texte numérisé non relu

À M. DE LAMARTINE

~ Mars j 832. -

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Poète aa regard d'aigle, Herschell harmonieux Qui mets d'autres soleils aux poétiques cieux, Qui , ravisseur d'un rhythme enfermé dans la nue > Fais vibrer sur la lyre une corde inconnue , Fixes dans notre esprit cet hymne sans pareil , Qu'on entendait en rêve et cherchait au réveil ? Cet hymne qu'à travers la nuit et le mystère, Les anges rarement confiaient à la terre ?

Est-il vrai que ta lettre a daigné m'envoyer

Que tu viendrais t'asseoir à mon humble foyer,

Et visiter nos champs, notre ville embellie ,

Ce fragment détaché des bords de l'Italie,

Où le ciel , se peignant d'un éternel azur ,

Est presque monotone à force d'être pur;

Où, tout intelligence , on ne vit que par l'ame ,

Où, sous des cheveux noirs, brillent des yeuxde flamme,

Où la misère sobre et portant la fierté

Que donne à ses enfans le Dieu de vérité,

Dédaignant le nectar qui pend à nos collines ,

Convive de la foi s'enivre de doctrines ,

N'arme jamais son bras pour demander du pain :

Ce n'est que de l'esprit qu'elle ressent la faim.

Peut-être on t'aura dit que , dans sa frénésie, L'émeute ayant chez nous le droit de bourgeoisie, Hurle en nos boulevards, comme en un cirque ardent Un taureau furieux qu'a frappé le trident Mais, dans nos tristes jours, quel ciel est sans orages?

MMBS. 275

Quelle mer de ses flots n'ébranle ses rivages ?

Quel sol ne retentit des plaintes du tombeau ?

Quel fleuve de remords n'entend gémir son eau ?

Ah ! viens pour adoucir nos ames indomptables ,

Gomme ces vents du nord qui soulèvent nos sables;

Ta lyre , célébrant la concorde pour nous,

Grand homme , nous verrait tomber à tes genoux ,

Viens, ici tout t'attend pour t'offrir une fête :

Les lauriers de nos champs pour ombrager ta tête ;

La muse , qui jadis eut un temple en ce lieu ,

Pour prodiguer l'encens en retrouvant son Dieu ;

Tous ces demi-soleils, enfans de ton système ,

Pour te voir de plus près dans ta splendeur suprême,

Et les restes pompeux de l'antique cité ,

Pour s'offrir à tes yeux sous leur plus grand côté.

Nous n'avons pas ici de hautes cathédrales , Ni de vieux monastère aux sombres corridors ,

Où Ton dit qu'à minuit se soulèvent les dalles Couvertes des blasons des morts;

Ni découpés à jour des clochers dont les pointes Dans les cieux envahis montent avec orgueil ; Ni chevaliers de pierre à genoux, les mains jointes, Au pied d'un gothique cercueil ;

Ni madone des bois où jamais châtelaine Pour un époux absent vainement ne pria, Où le pâtre en passant ôte un bonnet de laine Et dit un Ave Maria ;

Ni château crénelé dont la verte muraille Se hérisse de tours et de mâchicoulis , Que la vague des mers incessamment assaille De ses monotones roulis.

Mais la Rome païenne ici vit tout entière ; Ici son aigle au vol dispensateur des fers,

A laissé plus avant l'empreinte de sa serre Qu'en aucun lieu de l'univers.

Tu verras des palais , des cirques et des temples , | Jusque dans la poussière un noble souvenir, | Et le passé partout étalant des exemples A terrifier l'avenir.

Là les fronts abaissés des portes triomphales, Aux sommités du jour promettant môme sort ; Ici des dieux mêlés aux urnes sépulcrales , Tristes alliés de la mort;

L'arène où s'égorgeaient le Gaulois et le Thrace, Gontens d'être applaudis avant que de mourir, Devant ce peuple-roi qui voulait qu'avec grâce On rendît le dernier soupir;

Les gradins qu'inondait la robe orientale Des chevaliers couverts de suaves parfums ,

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